La création d'une start-up est une course d'obstacles. Le faire avec des membres de sa famille décuple les émotions (positives ou négatives) et donne parfois lieu à des situations cocasses. « Un jour, on a dû emmener notre enfant à un rendez-vous avec des investisseurs parce qu'il fallait à tout prix que les deux fondateurs soient présents », se souvient Maxime Brousse, qui a cofondé Selency, un site de décoration de seconde main, avec sa compagne Charlotte Cadé.

Selency n'est pas un cas isolé. Une poignée de start-up de la French Tech ont des fondateurs issus d'une même famille (frères, cousins) ou qui sont en couple. Un des exemples les plus atypiques est Unseenlabs, une start-up qui traque les activités illégales en mer grâce à des nanosatellites. Cette jeune pousse a été créée par Jonathan, Clément et Benjamin Galic. « Chacun seul dans son coin, rien ne serait fait. C'était à trois ou rien », expliquent en coeur les frangins qui aiment rappeler leur complémentarité. Jonathan et Clément sont des ingénieurs dans le spatial tandis que Benjamin est avocat en droit des affaires.

Apprendre à travailler ensemble

Le choix de fonder une start-up en famille vient souvent de façon assez naturelle. « On savait qu'on était capable de travailler ensemble sans s'entretuer », s'amuse Jonathan Galic. Pour autant, se lancer dans ce genre d'aventure n'est pas toujours aisé.

A la tête de DFNS, Clarisse Hagège et Christopher Grilhault des Fontaines avouent avoir connu « des turbulences et des désaccords » la première année. Clarisse Hagège, une ancienne du Crédit Agricole, a d'abord fondé cette start-up qui fournit aux banques et fintechs une infrastructure pour sécuriser leurs cryptomonnaies avec des associés. Ces derniers ont quitté l'aventure et Christopher Grilhault des Fontaines, un multi-entrepreneur qui jouait déjà le coach particulier à la maison, est devenu le cofondateur, sous les ordres de sa compagne. « Nous avons chacun nos chasses gardées, même si j'ai parfois eu tendance à empiéter », explique-t-il. La start-up a ensuite trouvé un rythme de croisière. « Nous nous connaissons et donc nous nous faisons confiance », vante la patronne.

Malgré tout, leur situation conjugale a pu être un obstacle. « Certains investisseurs nous ont clairement dit que, dans leur thèse d'investissement, ils ne faisaient pas de couple », indique Christopher Grilhault des Fontaines. Cette spécificité familiale doit, en tout cas, être prise en compte pour éviter que le business ne pâtisse d'une potentielle séparation. « Il faut un bon pacte d'actionnaires dès le début », insiste Julia Bijaoui, qui a cofondé Frichti avec son mari Quentin Vacher.L'un des défis pour ces entrepreneurs iconoclastes est de parvenir à séparer vie professionnelle et vie privée. Mais à les entendre, c'est quasiment impossible. « Nous sommes en mode DFNS 24 heures sur 24 heures », sourit Clarisse Hagège. Pour tenter de sortir de sa bulle, certains entrepreneurs privilégient le sport, d'autres misent sur la culture.

L'arrivée des enfants, un autre défi

Mais il n'y a sans doute rien de plus efficace que les enfants pour couper après le travail ! « Les enfants deviennent plus importants que la société », insiste Julia Bijaoui. Reste la question du timing : faut-il attendre que la start-up soit sur orbite avant de se lancer ? Pas forcément.

« Nous avons eu un enfant dès la première année », rappelle Edwige Michau, qui a fondé Barooders, une plateforme de sport outdoor de seconde main, avec son mari Geoffroy d'Autichamp. A l'inverse des grandes entreprises familiales, ces start-up n'ont que quelques années au compteur et il est encore trop tôt pour savoir si leurs enfants voudront un jour reprendre le flambeau.

Mais l'idée n'est pas incongrue. Le fils de Benjamin Galic a, par exemple, fait son stage de troisième chez Unseenlabs et a, semble-t-il, beaucoup aimé l'expérience.