La crise du Covid n'a pas mis les PME à terre. Contre toute attente, elles vont même jusqu'à enregistrer en moyenne une hausse de 2 % de leurs bénéfices en 2020. C'est la conclusion un peu surprenante qui ressort des liasses fiscales des PME de moins de 50 millions d'euros de chiffre d'affaires traitées à ce jour par les 21.000 experts-comptables de l'Hexagone. A l'occasion du dernier baromètre Image PME, qui sera publié jeudi par le conseil supérieur de l'Ordre des experts-comptables, et que « Les Echos » se sont procuré, un million de bilans d'entreprises ont été passés à la loupe. Ce qui représente un tiers du total qui est attendu jusqu'à fin juin, en raison des délais exceptionnels accordés par le gouvernement. Il en ressort une situation « beaucoup moins catastrophique des entreprises que prévu, et nous en avons été les premiers étonnés », juge Lionel Canesi, président du conseil supérieur de l'Ordre des experts-comptables.

Impactée par les divers confinements et par les fermetures administratives, l'activité est certes en recul. Le chiffre d'affaires moyen qui se dégage de l'échantillon des bilans est en retrait de 6,6 % entre 2019 et 2020. « On aurait pu s'attendre à un recul plus important. En fait certains secteurs ont réussi à se redresser malgré la crise, comme ces activités touristiques qui se sont rattrapées l'été », analyse Lionel Canesi.

Aides non imposables

Les cas sont évidemment hétérogènes. Certains secteurs, totalement ou partiellement à l'arrêt, ont plongé, comme l'hébergement et la restauration (-29,2 %) ou les arts spectacles et activités récréatives (-35,9 %) ou pire encore les salons professionnels et congrès qui ont été amputés de la moitié de leur chiffre d'affaires (-49 %). En revanche, l'activité de l'alimentaire en général a bondi de 8,8 %.

L'analyse en détail des résultats nets, qui en moyenne ont progressé de 2 %, surprend. La profession du chiffre impute ce rebond aux aides massives de l'Etat pour tenir face à la pandémie. Activité partielle, report de charges, et fonds de solidarité, qui abondait jusqu'à 10.000 euros par mois en cas de 50 % de baisse du chiffre d'affaires jusqu'à ce mois de juin, sont venues amortir le choc.

Voire plus. D'après l'étude des bilans, si les restaurants traditionnels ont vu leur activité reculer de 33,7 %, leur résultat net a en même temps bondi de 6,6 %. L'effet pour certains d'une forte reprise cet été, cumulé aux aides et à la vente à emporter qui ne rentre pas dans le calcul du fonds de solidarité. « Les aides ont parfois compensé au-delà de la perte, d'autant qu'elles sont non imposables, ce qui explique que les entreprises sortent de la crise plutôt en bonne santé », analyse Laurent Benoudiz, président de l'Ordre des experts-comptables d'Ile-de-France, qui estime que parmi ses 800 clients, pour beaucoup des restaurateurs ou des commerçants, « aucun n'est en situation de défaillance ».Mais ce n'est pas le cas de tous les secteurs. Les congrès et salons, totalement à l'arrêt depuis mars 2020, cumulent baisse d'activité et pertes (-35,7 % de résultat net).

Etalement des dettes sur dix ans

En revanche, un chiffre inquiète les professionnels, celui de l'endettement des entreprises qui a progressé de 9,2 % entre 2019 et 2020. Cette hausse s'explique par la contraction du prêt garanti par l'Etat (PGE) bien sûr, mais aussi par les dettes accumulées d'avant la crise, et les reports de charges. « Pour la moitié des entreprises de l'échantillon, la hausse a été supérieure ou égale à 5 % », précise le baromètre, comme pour la construction (+23 %), ou l'hébergement et restauration (+16 %).

Les TPE-PME de l'enseignement (organismes de formation, auto-écoles...), de l'information et de la communication, ont aussi vu leur endettement exploser. Un vrai défi à l'heure de la reprise. « Les PME-TPE avaient déjà un niveau d'endettement élevé avant la crise, l'enjeu majeur sera leur capacité à rembourser sans que cela grève leurs investissements de redémarrage, nous demandons que les entreprises qui en expriment le besoin obtiennent un étalement des dettes sur dix ans », plaide Lionel Canesi.