Mises en sommeil médiatique depuis qu'Omicron occupe le devant de la scène, les difficultés de recrutement n'en restent pas moins très présentes, d'autant que l'activité ne semble pas souffrir de la cinquième vague de l'épidémie. Pour améliorer la situation, le gouvernement a mobilisé 1,4 milliard d'eurospour la formation. A plus long terme, ce sont les fondamentaux de l'économie qui pourraient être fragilisés faute de régler le problème, prévient le Conseil économique, social et environnemental (Cese).

« Le sujet des difficultés de recrutement observées dans certains métiers, et pour certains secteurs, est un révélateur des tendances de fond qui réorientent notre économie », estime-t-il dans un projet d'avis sur les métiers en tension commandé fin septembre par le Premier ministre, Jean Castex, et présenté mercredi. A défaut d'anticipation, des tensions supplémentaires apparaîtront avec des conséquences majeures, comme l'illustre le cas de la filière automobile, étroitement liée avec celle de l'électronique, dont les « 35 filières de formation se raréfient par manque d'étudiants ».

Des causes connues

Conditions de travail, orientation et formations initiales ou continues ou encore déséquilibres régionaux ou démographiques : les causes structurelles du problème sont connues. Le Covid-19 a renforcé la quête de sens dans le travail et la recherche d'un meilleur équilibre entre vies professionnelles et personnelles, de même que la pression des transitions numériques ou écologiques. Dans ce contexte, le Cese formule une vingtaine de propositions, certaines remises au goût du jour, comme celle portant sur un fonds d'amorçage de groupements d'employeurs. « On peut encore agir », estime le rapporteur de cet avis, Pierre-Olivier Ruchenstain, par ailleurs président de la Fepem, la Fédération des particuliers employeurs de France, particulièrement concernée.

Pour améliorer l'attractivité des métiers en tension, le Cese préconise notamment que les branches s'accordent sur la prise en charge mutualisée de certains avantages collectifs, restauration ou complémentaire santé par exemple, sans prélèvement fiscal ou social. plaide Pierre-Olivier Ruchenstain.

Un nombre important d'emplois étant refusés parce que trop éloignés, l'avis préconise aussi de renforcer les aides à la mobilité ou au logement, en développant par exemple les logements de fonction dans la fonction publique. Autre volet important : l'information des élèves doit être améliorée pour éviter les abandons précoces en cours de formation, dans le bâtiment par exemple.

Les accords entre l'Etat et les branches sur l'emploi et les compétences (EDEC) gagneraient également à intégrer des critères liés au genre, de sorte à ouvrir davantage les métiers informatiques aux femmes ou ceux de l'assistance à domicile aux hommes. La reconnaissance des compétences des immigrés devrait être systématisée.

Selon Pierre-Olivier Ruchenstain, la résolution du problème exige une refonte statistique pour que les différents acteurs concernés partagent la même nomenclature des métiers.