Ce sera comme les années précédentes. Dans leur rapport remis ce mardi soir à la ministre du Travail, Elisabeth Borne, et auquel « Les Echos » ont eu accès, le groupe d'experts économiques chargés d'orienter le gouvernement sur le Smic préconise de ne pas donner de coup de pouce au salaire minimum le 1er janvier prochain. Le revenu minimum ne devrait donc augmenter que sous l'effet de la formule de revalorisation automatique, ce à quoi l'exécutif ne devrait rien trouver à redire compte tenu de la situation financière dégradée des entreprises.

Selon une estimation encore provisoire, cela se traduirait par une hausse d'un tout petit peu moins de 1 %, contre 1,2 % au 1er janvier 2020. Le taux horaire brut passerait de 10,15 à 10,25 euros (ou 1.554 euros mensuels). « Ce qui permettrait [...] un gain de pouvoir d'achat », avancent les experts, l'inflation étant quasi nulle.

Pour justifier cette position, ce groupe, présidé par Gilbert Cette, professeur d'économie associé à l'Université d'Aix-Marseille, met d'abord en avant des raisons structurelles. Taux de chômage en baisse mais encore élevé, compétitivité qui s'améliore, mais toujours inférieure à celle des bons élèves de la zone euro, ou encore situation financière des entreprises dégradée malgré l'amélioration transitoire liée à la transformation du CICE en baisse de charges : la situation économique de la France était encore fragile en début d'année, avant même l'épidémie et le confinement.

La baisse attendue de 11 % du PIB cette année et un début 2021 qui s'annonce incertain malgré l'arrivée des premiers vaccins n'a pas amélioré les choses... Aller au-delà de la revalorisation légale serait préjudiciable à l'emploi des plus vulnérables, d'autant que les compensations par une baisse des charges sociales ont atteint leur limite.

« Cette situation renforce la priorité à accorder à l'emploi et à l'emploi à temps plein, et non aux gains de pouvoir d'achat dont l'évolution par secteur et métier doit davantage relever de la négociation collective portée par les partenaires sociaux », peut-on lire en conclusion du rapport.

Modération salariale

Au passage, les experts rappellent, comme les années précédentes, qu'en France, le salaire minimum n'est pas le bon outil pour réduire la pauvreté, du fait principalement d'un trop faible nombre d'heures travaillées. De même qu'ils réitèrent la recommandation d'un abandon de tout ou partie des clauses de la revalorisation automatique, la formule bridant selon eux la marge d'appréciation et de décision du gouvernement. Pour rappel, deux paramètres sont utilisés : l'évolution de l'inflation pour les 10 % des ménages les plus pauvres et celle du salaire horaire de base des ouvriers et employés.

Cet appel à la modération salariale va-t-il réveiller les revendications des syndicats, plutôt silencieux sur le sujet du Smic jusque-là même si la crise a fait resurgir les conditions de travail difficiles des salariés de la « deuxième ligne » ? Le rapport montre que les smicards ont été plus exposés que l'ensemble des salariés au chômage car nombre d'entre eux vivent d'intérim ou de CDD. Même surexposition au chômage partiel, bien que ceux qui ont pu en bénéficier n'aient pas perdu de pouvoir d'achat puisque leur salaire était pris en charge à 100 % (à la différence des autres salariés, indemnisés à 84 %).

De quoi conforter la CGT qui, dans sa contribution au rapport, appelle à une « véritable hausse du Smic et non pas à un simple coup de pouce ». Sur la même ligne, FO va plus loin en fixant un objectif : porter le salaire minimum à 80 % du salaire médian, soit 1.480 euros net par mois. Pour la CFDT, l'enjeu, encore plus aujourd'hui qu'avant la crise, ne concerne pas tant le niveau du Smic que plus largement la question des conditions de travail des bas salaires et leurs perspectives d'évolutions.