La chemise en lin 100 % française n'est plus une chimère. La coopérative NatUp va construire une filature de lin à Saint-Martin-du-Tilleul dans l'Eure, à côté de son unité de peignage du lin (42 salariés), au coeur du premier territoire de production de lin dans le monde, la Normandie.

« Nous allons passer commande de machines à filer selon la technique du 'lin mouillé', qui permet d'obtenir un fil très fin pour l'habillement, une première en France », explique Karim Behlouli, directeur de la branche fibres naturelles de NatUp, installée à Mont-Saint-Aignan près de Rouen (Seine-Maritime).

Appel à projets

Cette seconde filature à ouvrir en France, après celle d'Emanuel Lang dans le Haut-Rhin destinée au jean et tissu d'ameublement, devrait être opérationnelle au début 2022. Elle affiche une capacité de production de 250 tonnes de fil de par an avec 25 salariés et représente un investissement de 4 millions d'euros pour NatUp, qui réalise 1,28 milliard d'euros de chiffre d'affaires et compte 1.500 collaborateurs.

Avec son projet intitulé « Lin, le chaînon manquant », elle a remporté en octobre 2020 l'appel à projets gouvernemental Innov Avenir Filière, et obtenu le soutien de l'Etat et de la région Normandie à hauteur de 2 millions d'euros (1 million chacun), la moitié sous forme de subventions et la moitié sous forme d'avances récupérables. « Ce projet s'inscrit dans notre stratégie de diversification par rapport aux céréales », souligne Patrick Aps, directeur général de NatUp.

Valoriser en Normandie la production de lin

« De 85 % à 90 % de nos agriculteurs adhérents produisent du lin (avec d'autres cultures), ajoute Jean-Charles Deschamps, président de NatUp. Il y avait une logique à valoriser une partie de cette production sur notre sol. » Après sa culture et sa transformation en fibre en Normandie, le lin part aujourd'hui vers les installations de filage et de tissage asiatiques, avant de revenir sous forme de vêtement.

« Entre les coûts de production d'une chemise en Asiehttps://www.lesechos.fr/pme-regions/normandie/le-lin-europeen-pret-a-rencontrer-la-demande-asiatique-1171496 [environ 15 euros, NDLR] et le prix de cette chemise vendue en France, il y a un coefficient de multiplication de 5 à 6 [environ 120 euros, NDLR] lié au transport, aux intermédiaires et au marketing analyse Karim Behlouli. Notre objectif est d'arriver, à qualité égale, à un prix de vente comparable pour une chemise entièrement fabriquée en France. »

Afin de s'assurer de débouchés pour son fil de lin, NatUp est entrée en 2020 au capital de Lemaitre Demeestere, le spécialiste français du tissage du lin installé à Halluin dans le Nord (33 salariés). Elle compte aussi convaincre la quinzaine de tisseurs français de se mettre au lin. D'autant que quatre marques françaises lui ont, assure-t-elle, adressé des lettres de soutien : Saint James, le fabricant de jeans 1083, Le Slip français et Petit Bateau.