"A la demande du Premier ministre Hassan Diab, la direction de la MEA a décidé d'annuler sa décision de vendre seulement en dollars les billets d'avion dans ses bureaux", a déclaré la compagnie dans un communiqué publié par les médias locaux.

Quelques heures plus tôt, l'agence nationale d'information ANI avait annoncé la décision de la MEA et d'autres compagnies aériennes opérant au Liban de ne plus accepter que les paiements en dollars américains à partir de lundi. Les voyageurs peuvent payer par chèque bancaire ou par carte bancaire à condition que leur compte soit en devise étrangère, avait précisé ANI.

Cette annonce a provoqué une vague d'indignation d'autant que la MEA est placée sous la tutelle de la Banque centrale qui en est le principal actionnaire.

Au Liban, le billet vert est utilisé au quotidien au même titre que la livre libanaise.

Si le taux de change officiel fixé par la Banque centrale n'a pas changé, un taux parallèle est appliqué dans les bureaux de change, entraînant des pertes pour les personnes voulant acheter des dollars en raison de la dépréciation de la livre libanaise.

La question est d'autant plus problématique que depuis des mois les Libanais sont confrontés à des restrictions bancaires drastiques sur les retraits en dollars.

Pour obtenir des billets verts, il faut souvent aller dans les bureaux de change, où la livre libanaise s'échange désormais à plus de 2.000 livres pour un dollar, même si officiellement la livre est toujours indexée sur le billet vert au taux fixe de 1.507 livres pour un dollar.

Ces rebondissements illustrent les ramifications de la grave crise économique dans laquelle est plongée le pays depuis des mois.

Depuis le 17 octobre, le Liban vit au rythme d'un mouvement de contestation inédit réclamant le départ de la classe politique, quasi inchangée depuis des décennies et jugée corrompue et incapable de mettre fin au marasme économique.

La révolte a été déclenchée par l'annonce d'une taxe --elle aussi vite annulée-- sur les appels via la messagerie WhatsApp qui a suscité un ras-le-bol populaire ayant pris le pouvoir totalement de court.

"La MEA appartient à l'Etat libanais, c'est une infraction flagrante à la loi", s'était insurgé sur Twitter un internaute avant l'annulation de la décision de la compagnie aérienne. "On ne va pas vers l'effondrement, on est en plein dedans."