Des restaurants fermés, des salons annulés, des routes du vin désertées... L'épidémie de coronavirus constitue un coup dur pour les vignerons indépendants, qui pèsent 55 % de la production viticole française et 60 % du chiffre d'affaires d'une filière qui génère 55 à 60 milliards d'euros selon les années.

A l'inverse de leurs collègues coopérateurs, ces professionnels cultivent la vigne, vinifient leur vin et le commercialisent. Depuis le début de l'année ces quelque 10.000 entreprises n'étaient déjà pas à la fête : hausse des taxes américaines puis fermeture des marchés asiatiques en début d'année sous l'effet de la crise de coronavirus.

Perte des CHR

L'arrivée de l'épidémie en France et le début du confinement les ont plongés dans la crise. « Aujourd'hui si la grande distribution fonctionne à peu près normalement, nos trois autres principaux marchés, le cafés hôtels-restaurants (CHR), les salons et l'oenotourisme sont à l'arrêt », souffle Jean-Marie Fabre président de Vigneron Indépendant, qui représente 7.000 professionnels et organise chaque année douze salons drainant 500.000 visiteurs et acheteurs particuliers. Un coup d'autant plus rude que les deux tiers de ces professionnels ne travaillent pas avec la grande distribution. « Le CHR représente 60 % de mon activité avec notamment une centaine de restaurants parisiens et notamment les grandes brasseries. Tout est arrêté », assure Jean-Paul Dubost propriétaire de 29 hectares dans le Beaujolais.

Dès lorsc'est la chasse aux marchés étrangers. Jean-Paul Dubost a ainsi raté de peu un contrat de 17.000 bouteilles avec un importateur chinois mais a pu en écouler 6.000 auprès de Majectic, la plus importante chaîne de cavistes en Grande-Bretagne. Pourtant parfait connaisseur des marchés étrangers, Patrick Carteyron propriétaire de Chateau Penin, en Gironde souffre : « Tous mes distributeurs ont eu le même réflexe : bloquer les commandes et attendre en jouant sur les stocks. Certains pays rouvrent petit à petit, comme la Belgique ou l'Allemagne. En me démenant je vais peut-être faire 40 % de l'activité sur avril. »

L'e-commerce a le vent en poupe

« Pendant ce temps nos charges fixent courent car il faut payer les salaires à un moment où il y a beaucoup de travail dans les vignes », note Jean-Marie Fabre. Pour une bonne partie des vignerons qui reçoivent des clients à la propriété, c'est le moment de s'appuyer sur son fichier clients et de réaliser des promotions. A l'image de Caroline Perromat, propriétaire avec son mari de Château Cérons : « J'ai fait un envoi d'e-mail massif et notre clientèle suit ». La crise pourrait aussi rebattre les cartes et inciter les professionnels à se diversifier encore davantage notamment en accélérant la vente sur Internet.

L'association Vigneron Indépendant a ainsi développé son propre site de vente en ligne qui regroupe environ 700 professionnels, soit 10 % des membres de l'association. « A l'origine il s'agissait de garder le contact avec les clients entre les salons. C'est devenu un véritable site de vente sur lequel les commandes ont été multipliées par cinq depuis quelques semaines », explique Cédric Coubris, propriétaire de Château la Mouline, dans le Médoc et vice-président de l'association.

L'ensemble des sites de commerce de vin voient aussi leurs ventes augmenter, à commencer par Cdiscount mais aussi Millesima, Wineandco, 1jour1vin ou encore Ventealapropriete ou Vinatis. « Cela représente déjà 10 % de notre activité et cela va se développer. Attention toutefois à ne pas brader les prix afin de ne pas écorner son image et garder de bonnes relations avec les autres circuits de distribution », explique Jean-Pierre Fayard, propriétaire de Chateau Sainte-Marguerite en Provence.