Les grèves des transports de décembre et janvier ont fait entrer de plain-pied le télétravail dans les entreprises. Ce qui n'était jusque-là qu'une possibilité, accordée surtout aux cadres, selon une étude du ministère du Travail, s'est imposé pour maintenir la production « délocalisable ». Certains employeurs s'y étaient d'ailleurs préparés en renforçant leurs connexions informatiques avec l'extérieur.

Si cela a pu fonctionner, c'est aussi parce que les télécoms et l'informatique sont de plus en plus imbriqués au sein même des entreprises. Dominique Bayon en est le témoin. Ex-responsable « Monde » des activités télécom du pionnier américain des services informatiques CSC, il a fondé en 2001 le groupe Foliateam qu'il préside. Fort d'une soixantaine de millions d'euros de chiffre d'affaires avec 350 salariés répartis sur 12 sites en France, il fournit des solutions télécommunications et les logiciels qui y sont associés à quelque 5.000 clients, PME, ETI, hôtels, banques, mais aussi établissements de santé et secteur public.

Travail collaboratif

Pour cet expert, le « cloud » commence à transformer profondément l'activité et l'organisation des entreprises en simplifiant à l'extrême la collaboration. On peut se voir et échanger très simplement des documents sans être dans la même pièce. « Cela va exploser, il n'y a plus un client qui ne nous demande pas une solution cloud, ne serait-ce que pour comparer », insiste le patron de Foliateam. D'autant que ces nouveaux produits, plus simples et plus rapides à mettre en oeuvre que les solutions classiques, ont un coût unitaire moins élevé.

Président de l'éditeur parisien Opendatasoft, spécialiste de la donnée, Jean-Marc Lazard, note, lui aussi, une accélération du mouvement. « Il y a une montée en maturité et en compétences des utilisateurs. Le cycle de vie des produits est plus court et les bénéfices d'usage sont plus rapides. Parallèlement, les offres ont mûri, il y a aujourd'hui une garantie de service et de localisation des données qui répond aux obligations qui découlent de ces nouvelles méthodes. »

Les TPE ne sont pas en reste. « Il y a une très forte demande des TPE pour la fibre, car elle leur apporte davantage de sécurité que l'ADSL. C'est d'autant plus important pour elles qu'elles font un maximum de choses sur Internet et gardent leurs données dans le cloud », indique Goel Haddouk, fondateur et CEO du petit opérateur Telyo, dont le client type est une entreprise de six salariés.

Périmètre du système informatique

« Le marché entre dans une nouvelle phase, et il est segmenté, analyse Dominique Bayon. Les besoins d'un petit professionnel sont différents des attentes d'une PME de 50 salariés, tandis que ceux d'une grosse PME, voire d'une ETI ne sont pas exactement de même nature. » Le secteur d'activité entre aussi en ligne de compte. « Ensuite, et c'est essentiel, les entreprises demandent que leurs collaborateurs soient joignables, quel que soit le lieu où ils se situent, c'est l'enjeu du travail à distance dans de bonnes conditions », résume-t-il.

Cela suppose d'avoir accès aux applications, qu'elles soient hébergées dans l'entreprise ou non. « C'est une nécessité pour un nombre croissant de fonctions. Il y a quelques années, par exemple, un comptable ne pouvait pas travailler hors du bureau. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, et les mouvements sociaux y ont contribué », poursuit le patron de Foliateam. Conséquence logique de cette évolution, il rencontre de plus en plus d'entreprises qui « se posent la question de l'extension du périmètre de leurs systèmes informatiques à leurs fournisseurs, partenaires et clients ».

Dans ces conditions, les budgets télécom des entreprises ne baissent pas et ont même plutôt tendance à augmenter, mais « il y a davantage de services dans la même enveloppe budgétaire », affirme Dominique Bayon pour lequel celles qui choisissent les offres les moins chères ne peuvent plus se dispenser de prévoir un « plan B » en cas de coupure.