Après avoir levé 1,5 million d'euros à l'automne 2020 auprès de business angels, Harry Bessis enclenche les investissements industriels. Cet opticien de formation fait le pari de relancer l'atelier Maison Bourgeat, dans la vallée lunetière de Morez (Jura).

Né en 1879, cet atelier, dans ses grandes heures, a fabriqué des montures métalliques pour Balmain, Lanvin ou Saint-Laurent. Il était en liquidation judiciaire en 2017, lorsque l'opticien parisien l'a repris. Un an plus tôt, ce dernier avait racheté une boutique atelier de lunetterie sur-mesure rue Saint-Honoré, à Paris, elle aussi en liquidation judiciaire, et il avait vu dans la manufacture jurassienne l'occasion de relancer la production en France.

Offre sans reste à charge

Le projet a pris plus de temps que prévu. A Paris, où il gérait plusieurs boutiques, Harry Bessis a dû faire face aux réformes successives touchant le remboursement des lunettes, puis au mouvement des « gilets jaunes », puis à la crise Covid. Et à Morez, après l'échec d'une première reprise, il a dû convaincre le lunetier qui avait racheté l'atelier à la famille Bourgeat de repartir avec lui pour former les premiers salariés.

Mais le projet accélère enfin. Avec la levée de fonds et le soutien des collectivités locales, Harry Bessis annonce injecter 500.000 euros pour réhabiliter le site, acquérir trois machines de fabrication des montures plastique et embaucher les trois à quatre premiers salariés. Son modèle économique repose sur la vente exclusive de montures fabriquées à Morez dans les cinq magasins parisiens ouverts sous l'enseigne Maison Bourgeat. Dont la boutique atelier de la rue Saint-Honoré où Oscar Esteves, meilleur ouvrier de France, assure toujours la fabrication sur mesure. « Le seul moyen de couvrir les frais de l'usine, c'est de produire à 100 % pour ce parc de magasins qui sera son client unique », explique Harry Bessis.

L'enseigne proposera trois gammes : le sur-mesure, le sur-mesure industrialisé, et même des modèles à 95 euros pour l'offre sans reste à charge, habituellement fabriqués en Chine. « On va pouvoir produire de la lunette 100 % française de qualité et à tous les prix en supprimant tous les intermédiaires. » Il vise de 4.000 à 4.500 montures fabriquées à Morez d'ici à fin 2021 et de 30.000 à 40.000 par an, à terme, avec un effectif de 10 à 15 salariés.