« C'était un peu calme au mois d'avril, mais depuis la mi-mai, nous constatons un net accroissement du nombre de candidats à nos MBA », explique Leon Laulusa, directeur général adjoint de l'ESCP Business School. Qu'ils soient « full time », plutôt destinés aux jeunes cadres après cinq ans d'expérience professionnelle, ou « executives », proposés aux quarantenaires au seuil d'un comité de direction, les MBA made in France en bonne place dans les classements internationaux connaissent, depuis quelques semaines, un regain de vigueur. « Pour le MBA à temps plein, c'est simple, les candidatures explosent ! Nous enregistrons une hausse de près de 20 % par rapport à l'année passée sur la même période », fait valoir Andrea Masini, directeur délégué des programmes MBA's d'HEC Paris. « De manière générale, les crises sont accompagnées d'une hausse des dossiers de candidatures », a, de son côté, pu constater l'Insead. « Le 'coût d'opportunité', pour faire un MBA dans une telle conjoncture, est très faible », assure Andrea Masini.

Face aux difficultés économiques annoncées, les hauts potentiels et autres aspirants aux belles carrières en entreprise vont être contraints de ronger leur frein pendant quelque temps : rien n'est moins sûr qu'une augmentation ou une promotion. Investir dans une formation de haut niveau apparaît alors comme un moyen de continuer à développer sa carrière, une parade pour préparer le futur. A l'Edhec Business School, Stéphane Canonne, le directeur des programmes « executives », voit surtout dans l'intérêt manifesté pour ces cursus une prime à « la logique de transversalité », « un enjeu majeur pour les cadres qui voudront changer de secteur », note-t-il.

Pas question, donc, pour ceux qui ont déjà signé pour un executive MBA dans l'Hexagone de remettre en cause leur projet - d'autant que ces programmes, compatibles avec une activité professionnelle, sont aujourd'hui très modulaires et que certains des enseignements peuvent être décalés dans le temps. Ceux qui ambitionnaient un programme à temps plein à l'étranger - en clair une expatriation de plusieurs mois - en seront, par contre, quittes pour vérifier les dispositions d'accueil du pays d'accueil visé. Dans l'un et l'autre cas, il serait aujourd'hui présomptueux de compter sur une participation de son entreprise au financement de cette formation.

Les programmes sont adaptés

En France, la situation sanitaire des derniers mois aura poussé les écoles à revoir leur fonctionnement sur le fond et sur la forme, et les prochaines promotions profiteront des innovations pédagogiques nées pendant le confinement.

Pour répondre aux exigences de la « nouvelle normalité », les écoles ont enrichi ou développé des modules spécial crise et digitalisé leurs enseignements - sans en faire des « MBA online » qui constituent une offre à part entière. Tous les établissements ont dû, du jour au lendemain, organiser la continuité pédagogique pour des élèves ayant déboursé plusieurs dizaines de milliers d'euros. « Nous avons basculé l'ensemble de nos programmes en digital en moins d'une semaine », se félicite Leon Laulusa. « Nous avions fait migrer les cours vers Zoom, plusieurs mois auparavant, comme outil de travail à distance de sorte que le nouvel espace de classe était déjà familier aux plus de 70 enseignants qui devaient numériser leurs cours », fait valoir un porte-parole de l'Insead.

Les « expériences étudiantes » maintenues

Plus que le laps de temps requis pour mettre les cours en ligne, la question, pour ces institutions de premier plan, a surtout été de préserver la qualité académique du diplôme et de maintenir, d'une façon ou d'une autre, les « expériences étudiantes » attendues dans ces programmes. Les participants comptent sur l'activisme des alumni, mais aussi sur les relations et amitiés nouées au sein de leur promotion. Les business schools ont donc mis en place des dispositifs virtuels complémentaires de réseautage.

L'Edhec a fait le choix d'insister sur le partage d'expérience entre pairs par le biais de réunions Zoom régulières : « Nous avions fait une rentrée d'executive MBA juste avant le confinement, indique Stéphane Canonne. Et nous avons décidé de faire de l'accompagnement en ligne, sachant que tous les participants étaient soumis à une grosse pression du fait de leurs fonctions. » L'Insead a, notamment, organisé sur la période une centaine de présentations d'entreprises et chats en ligne, et lancé le mois dernier un Salon mondial de l'emploi virtuel. « A HEC Paris, nous sommes passés, comme à Harvard, à un enseignement à distance synchrone, c'est-à-dire avec interactions des étudiants », précise Andrea Masini. La pédagogie n'est pas dépourvue d'avantages : elle permet, pour l'enseignant, de valider le niveau d'attention de son auditoire et de disposer d'outils permettant d'engager la classe beaucoup plus facilement. « Nous comptons d'ailleurs en retenir plusieurs lorsque nous pourrons revenir à un enseignement traditionnel », dit-il. Le message est identique à l'Insead : pour l'école de management, l'enseignement en ligne permet d'être encore plus inclusif, mais il n'est pas question non plus de se priver des bienfaits du présentiel.

Les dispositions sont déjà prises pour les prochaines rentrées. Y compris sur les modalités logistiques. A l'Insead, pour la phase initiale de retour sur les campus, les promotions alterneront une semaine sur le campus et une semaine hors campus, les étudiants hors campus faisant de l'apprentissage en ligne une semaine sur deux. En attendant, les écoles ont adapté leur processus de sélection. Elles sont d'ores et déjà plus souples avec les demandes de report, prolongent les délais de paiement et acceptent les candidats qui n'ont pas encore obtenu de score aux tests internationaux d'anglais.