Prêtes à absorber la vague, même s'il est trop tôt pour en mesurer la hauteur. C'est l'état d'esprit des 442 Missions locales en cette rentrée, alors que le confinement et la crise vont amener des milliers de jeunes décrocheurs scolaires supplémentaires à frapper à leurs portes. Pour ces structures, en première ligne du « plan jeunes » annoncé en juillet, l'ampleur du défi est renforcée par l'obligation de formation portée à 18 ans, dont elles doivent assurer le contrôle.

« Un changement majeur », souligne le président de l'Union des missions locales, Jean-Patrick Gille, dans un entretien aux « Echos », surpris que l'Etat « ne porte pas plus » la loi. Sans oublier, ajoute-t-il, tous les jeunes « touchés de plein fouet mais un peu hors radars » qui ne peuvent plus financer leurs études après avoir perdu leur travail. Pour rappel, le réseau des Missions locales accueille plus de 1,3 million de jeunes par an.

Les jeunes satisfaits

A ce stade, les 12.000 salariés du réseau ont constaté un afflux de demandes cet été, mais entre le rattrapage des entrées en Parcours d'accompagnement contractualisés vers l'emploi et l'autonomie (Pacea) ou en Garantie jeunes et l'afflux de nouveaux décrocheurs, difficile de faire la part des choses. Il faut encore attendre quelques semaines pour mesurer les effets de l'épidémie de coronavirus. Réalisée en juin, une enquête auprès de 24.000 jeunes aidés par les Missions locales a montré le niveau d'inquiétude dans les rangs. La troisième édition du baromètre de satisfaction qui est publiée ce lundi le confirme. Il en ressort, notamment, que la moitié de ceux qui avaient un emploi avant le confinement l'ont perdu. Les formations se sont interrompues pour plus de la moitié de ceux qui en suivaient une.

Boîte à outils pleine

Pour encaisser le choc, les Missions locales peuvent compter sur la très bonne perception que les jeunes ont de leurs prestations, puisque près de 9 sur 10 s'estiment satisfaits ou très satisfaits. Elles peuvent aussi compter sur les 100 millions d'euros inscrits à leur endroit dans le plan jeunes pour financer 80.000 Pacea et 50.000 Garanties jeunes supplémentaires. Sans oublier les moyens mis sur d'autres mesures : apprentissage, Ecoles de la deuxième chance... « La boîte à outils est pleine et tous les volumes ont été poussés. Même ceux des contrats aidés. L'Etat, la société et le gouvernement s'occupent de la jeunesse, il faut le dire », se félicite le président de l'UNML, ravi, en plus, du regard que la nouvelle équipe au ministère du Travail semble porter au réseau.

Derrière ce satisfecit pointe toutefois une crainte - nourrie, dit-il, par son expérience « des habitudes de l'administration centrale de vouloir remplir des cases ». A savoir que la mise en musique du plan jeune n'obéisse pas à une vraie « gouvernance territoriale ». En clair, que les conseillers des Missions locales ne puissent pas piocher librement dans la panoplie d'outils à leur disposition pour trouver la bonne solution pour chaque jeune.