A 67 ans, Alma ne peut plus sortir de son appartement moscovite: les autorités de la capitale russe interdisent depuis jeudi aux plus de 65 ans et aux  malades chroniques de quitter leur domicile pour ne pas être infectés par le coronavirus.

Pour aider les plus isolés, une organisation, les "Volontaires Médicaux", s'est formée. La plupart sont étudiants en médecine: ils prennent les commandes par téléphone et apportent les courses à domicile. Les bénéficiaires payent leurs courses, mais le service est gratuit.

Pour Alma Chaïakhmetova, les bénévoles ont été dans le supermarché en bas de chez elle: dans le sac de courses, du kéfir, du pain, du lait, de l'huile de tournesol, des bananes et de la farine. Ils ont aussi récupéré un médicament pour le coeur ne nécessitant pas de prescription.

La ville de Moscou a accordé 2.000 roubles (22,5 euros) d'allocation aux confinés pour compenser leurs dépenses supplémentaires. Le même montant doit leur être accordé quand la mesure prendra fin, le 14 avril au plus tôt. La municipalité a aussi annulé la gratuité des transports publics dont bénéficient les plus de 65 ans.

Certains en Russie ont critiqué cette mesure considérée comme trop stricte, notamment pour ceux continuant à travailler après leur retraite. Alma Chaïakhmetova, elle, assure la soutenir. 

"C'est mieux d'être à la maison", reconnait-elle, choquée par les images télévisées de patients en soins intensifs. "Si nous sommes disciplinés, ça va être adouci". Selon les derniers chiffres publiés samedi, 1.264 cas de malades du coronavirus ont été enregistrés en Russie dont 817 à Moscou.

 - "Nous sommes ensemble" -

Beaucoup de personnes âgées peinent néanmoins à faire leurs courses à distance: environ 40% des Russes de plus de 60 ans n'utilisent pas internet, selon une étude publiée l'an passé par le centre public VTsIOM.

"Je regardais juste la télévision, j'ai vu le numéro et j'ai appelé", explique à l'AFP Mme Chaïakhmetova, une ancienne professeur d'anglais qui prend également soin de son père, très âgé: "Nous autres, les anciens, on ne s'en sortirait pas sans ce projet".

La campagne des "Volontaires Médicaux" n'est pas une initiative spontanée: ce sont les autorités qui l'ont initiée. Les bénévoles travaillent en coopération avec le "Front populaire panrusse", une organisation de soutien à Vladimir Poutine.

Un site internet baptisé "Nous sommes ensemble 2020" promeut le service de livraison, qui aurait recruté 9.000 volontaires dans le pays et 400 dans la capitale. 

La coordinatrice moscovite, Alia Kotchessokova, a seulement 19 ans. Elle assure que le mouvement est "supervisé par l'administration présidentielle" et "personnelle par Vladimir Vladimirovitch (Poutine)".

Le ministère du Commerce a offert 200.000 masques de protection aux bénévoles, qui portent une veste rouge sur laquelle est écrit le nom de l'organisation. Certains d'entre eux aident aussi à Kommounarka, l'hôpital construit près de Moscou pour accueillir les malades du coronavirus.

Elle-même étudiante en médecine, Alia Kotchessokova continue ses cours en ligne à cause de la pandémie mais elle assure que les "Volontaires Médicaux" sont un bon moyen d'apprendre les bases du métier.

David Toniya, étudiant dentaire de 21 ans, a lui rejoint le projet après en avoir entendu parler à l'université: "Avec ce qu'il se passe dans le monde, on a juste décidé d'aider", dit-il.