Le commerce équitable n'est plus marginal. Il a presque triplé en cinq ans en France, atteignant 1,83 milliard d'euros en 2020 (+ 12 %), selon le syndicat Commerce Equitable France, qui organise les assises nationales du secteur le 25 novembre à Paris. Ce mode d'échange plus rémunérateur pour les producteurs des pays du Sud, popularisé par l'ONG Max Havelaar en 1988, porte à 95 % sur des produits alimentaires. Le café, le chocolat, les bananes et le sucre de canne concentrent les trois quarts des ventes, suivis du thé, des jus de fruits tropicaux, etc. Le marché français se développe sous l'influence de la grande distribution qui a capté 54 % des ventes en 2020 contre 42 % en 2018. « La croissance du commerce équitable a été tirée de 2015 à 2019 par la consommation de produits biologiques et depuis deux ans par les grandes surfaces », explique Julie Stoll, déléguée générale de Commerce Equitable France.

Désormais, équitable et bio se conjuguent : 90 % des produits équitables importés étaient bio en 2020, ainsi que 59 % des produits d'origine française. « Le label équitable pousse les agriculteurs à se convertir en bio parce qu'ils sont mieux payés et qu'ils trouvent cohérent de faire une production bonne pour la planète », estime Julie Stoll. Mais si le bio pèse 6,5 % de la consommation en France, le commerce équitable n'en représente encore que 1,5 % avec une dépense de 28 euros par an et par habitant en 2020.

« Symptômes de pauvreté »

Alors que le concept est né avec l'idée d'offrir des prix rémunérateurs aux petits producteurs des pays en développement, le secteur est désormais tiré par la labellisation des produits français, qui pèsent 35 % du commerce équitable dans l'Hexagone et sont cultivés par 10.000 agriculteurs. Avec la vogue du made in France, leurs ventes ont doublé en trois ans, atteignant 645 millions d'euros en 2020. La boulangerie en représente la moitié, suivie des fruits et légumes frais (21 %), des produits laitiers (11 %) dont les ventes ont triplé depuis 2018, des viandes et des oeufs (9 %), etc. Le label le plus important, Agri-Ethique, créé en 2015, recouvre 31 filières comme le blé, le lait, les légumes secs et les fruits. La coopérative Ethiquable, leader national du commerce équitable, s'est diversifiée dans les produits français Paysans d'ici et a lancé en 2020 le label « Bio Equitable en France » avec Biocoop, qui est aussi le premier distributeur de produits équitables français.

A son tour, l'ONG Max Havelaar, qui labellise 90 % du commerce équitable dans le monde avec un total de 10,7 milliards de dollars en 2019, s'apprête à labelliser du blé du Gers et du lait de Poitou-Charentes. « Il y a des symptômes de pauvreté et d'abandon de terres dans les filières agricoles de ces régions, comme dans les pays du Sud », explique Blaise Desbordes, directeur général de Max Havelaar France. La labellisation de denrées du Nord est dans l'intérêt de l'ONG, car « une bonne partie du commerce équitable passera demain par les produits composés d'épicerie sucrée ». Elle veut donc labelliser les ingrédients français des biscuits et des produits chocolatés. Après deux ans de négociations avec les coopératives agricoles, elle a défini le cahier des charges en mai. Le lait charentais Max Havelaar sera payé 41,50 centimes du litre au lieu de 35 centimes, et le blé du Gers à 254 euros la tonne prime de développement incluse. Deux yaourts de marques de fabricant et de distributeur avec du lait de Poitou-Charentes, du sucre de canne et de la vanille labellisés Max Havelaar doivent être commercialisés en 2022, ainsi que des biscuits au chocolat d'un distributeur élaborés avec de la farine équitable du Gers.