L'huile d'olive, nouvel or vert pour l'Union européenne ? « L'UE concentre la moitié du verger mondial d'oliviers » et elle a la haute main sur le commerce mondial de l'huile avec les trois quarts de la valeur (4,43 milliards de dollars sur un total de 5,8 milliards), selon FranceAgriMer. Avec un quart des plantations mondiales et 45 % de l'exportation en valeur, l'Espagne se taille la part du lion. Elle est suivie par l'Italie et le Portugal pour ce qui est du commerce mondial.

Contrairement à de nombreux secteurs, l'huile d'olive ne subit pas la montée en puissance de la concurrence asiatique pas plus qu'elle n'est talonnée par le continent américain. L'UE produit quatre fois plus d'huile d'olive que l'Asie et 30 fois plus que le continent américain. Les exportateurs européens ont donc le champ libre pour répondre à une demande en hausse. La consommation mondiale a doublé en vingt-cinq ans. Aux Etats-Unis, elle a quadruplé, au Brésil elle a été multipliée par cinq...

Valorisation

L'Europe a profité à plein de cet essor, réalisant 12 % de ses expéditions totales aux Etats-Unis en 2019. Ces derniers sont le troisième client de l'Espagne, qui y a créé ses propres usines d'embouteillage dès 2014 afin d'exporter en vrac. Les sanctions américaines résultant du conflit entre Airbus et Boeing ont fortement pénalisé l'Espagne et redistribué une partie des cartes au profit de l'Italie et du Portugal, épargnés par la surtaxe de 25 % imposée par l'administration Trump.

Malgré toute cette effervescence, l'huile d'olive ne pèse cependant pas lourd dans la balance globale des huiles alimentaires dans le monde. Avec une part de marché de 1, 5 %, elle fait figure de nain à côté du palmier à huile et du soja qui règnent sur la planète oléicole, alors même que les oliveraies ont doublé en trente ans.

L'huile d'olive n'en est pas moins l'objet de nombreuses convoitises, car ses prix sont au moins trois fois supérieurs à ceux des autres huiles dans bien des cas. Ce n'est pas le fruit du hasard si elle vient en tête de la liste des produits alimentaires les plus exposés à la fraude établie par la Commission européenne. Volée, trafiquée, elle fait parfois l'objet d'assemblages douteux.

Accident climatique

La quasi-totalité de la production ibérique d'olives est transformée en huile quand d'autres pays réservent une partie des fruits à la consommation en l'état, dite « de bouche ». La confortable avance de l'Espagne (59 % du tonnage) est entretenue par un mode d'exploitation très intensif, une forte densité des arbres et la pratique de l'irrigation.

La culture de l'olivier est une priorité pour Madrid, mais des épisodes climatiques fâcheux ont valu à l'Espagne un plongeon de 37 % de sa production en 2019-2020, qui a tiré l'ensemble de l'offre européenne vers le bas (-12 %), à une période où le reste du monde a vu sa production augmenter de 24 %.

L'Espagne mène la danse à l'exportation avec des volumes deux fois supérieurs à ceux de l'Italie grâce à de grandes exploitations organisées en rangs très serrés d'oliviers, propices à une mécanisation rapide, qui permet d'écraser les prix : 3,10 dollars au kilo contre 5,06 dollars pour l'Italie, où la culture est plus traditionnelle et les plantations sont nettement moins grandes. A l'exception près de grandes unités dans les Pouilles, les oliveraies italiennes sont de taille petite à moyenne. Les rendements ne sont pas à la hauteur de la consommation nationale, si bien que l'Italie est le premier importateur d'huile d'olive. Ce qui lui permet d'en exporter bien plus que ce qu'elle produit et, au passage, de cultiver son image à l'international.

Ses fournisseurs sont multiples, du pourtour du bassin méditerranéen à l'Afrique du Nord. Les huiles ainsi achetées entrent dans les assemblages qui servent à élaborer l'huile d'olive. Plus ou moins corsés, plus ou moins fruités, plus ou moins chargés en polyphénols, réputés bons pour la santé.