« Manger cinq fruits et légumes par jour ! C'est essentiel. » Le message du Programme national nutrition santé répété depuis des années en France résonne dans toutes les oreilles. Pourtant la consommation ne décolle pas vraiment. Elle est globalement stable depuis quinze ans, selon FranceAgriMer, et n'a en rien contribué au maintien de la production hexagonale. Bien au contraire.

Le déficit de la balance commerciale sur ce secteur s'est tellement dégradé qu'il rend plus qu'hypothétiques les chances de relocaliser la production, malgré l'appel du gouvernement à la reconquête de la souveraineté alimentaire. « Entre 2005 et 2019, la balance commerciale en fruits frais s'est largement dégradée », dit FranceAgriMer.

Recul des exportations

« Encore léger en 2005 à 197 millions d'euros », le déficit a explosé de 374 % pour plonger à -932 millions. En légumes, l'aggravation est moins grande, mais quand même. Le déficit est passé de -529 millions d'euros en 2005 à -1,2 milliard en 2019.

Qu'il s'agisse de fruits ou de légumes, la perte de terrain s'est faite dans les échanges avec les pays européens. La production nationale a reculé et, avec elle, l'exportation. En cause, l'éternel manque de compétitivité lié au coût de la main-d'oeuvre et au niveau des charges, notamment fiscales. A cela s'ajoute la surtransposition des directives européennes en droit français, source de distorsions de concurrence. « On se tire une balle dans le pied », déplore le président de l'Interprofession des fruits et légumes (Interfel), Laurent Grandin.

Pourtant, « la volonté des pouvoirs publics de relocaliser les productions en France est incontestable », reconnaît ce dernier, citant « les coups de pouce » de-ci de-là. Notamment pour financer la mise au point de variétés mieux armées contre les nouveaux prédateurs, parmi lesquels la redoutable punaise diabolique, originaire de l'Asie du Sud-Est, qui ravage les cultures. Un plan d'accompagnement a été mis sur pied afin de créer de nouveaux équipements de production, comme les serres froides et les chenilles destinées à la protection contre les aléas climatiques.

Par ailleurs, le Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL) mène des recherches pour élargir la zone de plantation en fruits et en agrumes. Le réchauffement n'a pas que des inconvénients. « La zone de production potentielle est remontée en dix ans de Perpignan/Menton au niveau de Bordeaux, offrant la possibilité de cultiver grenades, kakis, avocats et agrumes », selon Interfel. L'interprofession espère ainsi surfer sur l'engouement des consommateurs pour l'offre locale. « Notre espoir est d'arriver à un équilibre à 50/50 entre la production nationale et l'importation. La reconquête va se faire à la marge. Ce n'est pas une mince affaire. Cela suppose de planter des milliers d'hectares », souligne Laurent Grandin.