C'est selon Facebook « l'un des plus grands changements » dans l'histoire de la reconnaissance faciale. Dans les prochaines semaines, le premier réseau social de la planète va supprimer cette technologie de ses plateformes, à cause des « inquiétudes croissantes » qu'elle génère dans la société. Ce changement, annoncé mardi, va l'obliger à supprimer les visages enregistrés de 1 milliard d'utilisateurs - soit une personne sur trois sur Facebook.

Depuis 2010, la reconnaissance faciale permettait aux utilisateurs du réseau social de recevoir une notification lorsqu'un de leurs contacts postait une photo ou une vidéo d'eux. Autre intérêt, le fait de pouvoir « taguer » plus facilement ses amis : une fois la photo postée, le nom de la personne apparaissait automatiquement. Même si la publication d'albums photos sur Facebook semble aujourd'hui obsolète, presque 650 millions d'utilisateurs quotidiens (soit un sur trois) avaient activé cette fonctionnalité.

Entre-temps, le débat est monté d'un cran. La reconnaissance faciale est suspectée de comporter des biais algorithmiques (les hommes de type caucasien sont mieux identifiés que les femmes, par exemple) et donc de favoriser les discriminations. Et Facebook doit aussi montrer patte blanche, alors qu'il traverse l'une des pires crises de son histoire depuis les révélations de la lanceuse d'alerte Frances Haugen.

Pas de règles claires

« Il y a beaucoup d'inquiétudes sur la place de la reconnaissance faciale dans la société et les régulateurs sont toujours en train d'élaborer des règles claires pour encadrer son utilisation, explique Jerome Pesenti, vice-président chargé de l'intelligence artificielle chez Facebook, dans un post de blog. Dans ce climat d'incertitude, nous pensons que limiter la reconnaissance faciale à quelques cas d'usage bien définis est plus approprié. »

Parmi ses usages, la possibilité de déverrouiller un smartphone ou d'accéder à un compte bancaire sans avoir à taper un mot de passe, par exemple. « Nous continuerons de travailler sur ces cas-là », affirme Jerome Pesenti. Pour Facebook, la reconnaissance faciale peut même être « particulièrement précieuse » lorsqu'elle « reste » sur le téléphone ou les ordinateurs des utilisateurs, c'est-à-dire sans l'envoi d'images vers des serveurs externes.

Facebook n'est pas le premier géant de la tech à faire machine arrière sur la reconnaissance faciale. En 2019, Microsoft avait supprimé sa base de données comprenant 10 millions d'images... de près de 100.000 personnes.