La scène pourrait sortir tout droit d'un épisode de la série de science-fiction « Black Mirror » mais elle est déjà une réalité. A Houston (Etats-Unis), les clients de Domino's Pizza peuvent désormais se faire livrer une pizza quatre fromages ou une calzone par un robot autonome de la start-up Nuro. L'engin est bridé à 40 km/h (25 mph) et possède une capacité d'emport de près de 200 kg. Pendant le trajet, les produits sont maintenus à bonne température afin de conserver leur saveur. Une fois le robot arrivé à bon port, il suffit au client de taper un code pin sur un écran tactile afin de récupérer ses victuailles avant d'aller s'installer devant un match de football américain. « La mission de Nuro est d'améliorer la vie quotidienne grâce à la robotique », se réjouit le président de Nuro, Dave Ferguson, cité dans un communiqué.

Ces dernières années, les acteurs du véhicule autonome dédié aux déplacements de passagers (Waymo, Uber, Cruise, Zoox) ont principalement attiré l'attention, nourrissant les fantasmes d'une ville du futur où, au lieu de tenir les volants, les citadins pourraient s'affaler sur la banquette arrière pour lire, travailler ou écouter un podcast.

Baisser le coût de livraison

Mais, en parallèle, une kyrielle de start-up s'intéressent aux potentialités des véhicules autonomes pour le transport de marchandises. Nuro est l'une des coqueluches des investisseurs et a levé 1,5 milliard de dollars depuis sa fondation en 2016 par deux anciens de Waymo (Jiajun Zhu et Dave Ferguson). Outre Domino's Pizza, la société a déjà signé des partenariats avec Wallmart ou CVS Pharmacy. Udelv est l'un des autres poids lourds du secteur. La société a récemment frappé les esprits en signant un partenariat avec Mobileye (propriété d'Intel) afin de lancer la production de 35.000 véhicules sans chauffeur entre 2023 et 2028. « J'ai toujours pensé que la première application majeure de la voiture autonome serait la livraison », affirme Daniel Laury, le patron français de Udelv.

La société juge que le BtoB est le segment le plus prometteur. « C ela permet de faire de la livraison plusieurs fois par jour, y compris hors des zones denses, où les conditions de circulation sont favorables », indique Daniel Laury. Udelv s'intéresse par exemple de près à la distribution de pièces automobiles détachées. « Il s'agit d'un marché de 700 milliards de dollars par an aux Etats-Unis. Et le chauffeur représente le coût le plus élevé », rappelle l'entrepreneur. Plusieurs autres acteurs ont fait le choix de miser sur des véhicules de taille beaucoup plus modeste, notamment pour la livraison du dernier kilomètre.

Véhicules miniatures sur les pistes cyclables

C'est le cas de Starship et Refraction AI, qui ont levé respectivement 17 millions et 4,2 millions de dollars en 2021, ou encore de Kiwibot, allié avec Sodexo pour effectuer des livraisons de repas sur le campus de l'université de Denver. Les géants de la tech ne sont pas en reste : Amazon a créé le petit robot Scout et Postmates, le service de livraison de repas américain racheté par Uber, a lancé Serve. Ces véhicules miniatures ont la particularité de pouvoir circuler sur les pistes cyclables, voire sur les trottoirs !

A ce jour, dix Etats américains autorisent la présence des robots autonomes au milieu des piétons. Ce qui ne manque pas de créer des crispations. « Dans les zones denses où l'activité des piétons est intense, les robots pourraient obstruer le trottoir, gêner ou mettre en danger les piétons. Leur utilisation devrait être sévèrement restreinte, voire interdite », s'est récemment alarmée Nacto, une association américaine qui promeut les mobilités alternatives. La pandémie du Covid-19, synonyme de boom de la livraison à domicile, a donné une impulsion aux acteurs du secteur, qui ne se privent pas de rappeler que leurs véhicules limitent les risques de propagation du virus. Les opportunités ne devraient pas manquer dans les prochaines années, même elles dépendront de l'évolution du cadre réglementaire. Selon une récente étude d'Allied Market Research, le marché mondial de la livraison autonome pour le dernier kilomètre pourrait peser 84,72 milliards de dollars en 2030, contre 11,90 milliards en 2021.