C'est la deuxième année de suite que ce phénomène survient. Ce sont les exportations qui ont sauvé la croissance au dernier trimestre en 2018, la demande intérieure ayant fait du surplace sur cette période. Cette forte accélération des ventes à l'étranger est liée aux livraisons d'Airbus et à celle d'un paquebot. La contribution du commerce extérieur à la croissance du PIB l'an passé a été positive à hauteur de 0,6 point. Une performance que l'Hexagone n'avait pas réalisée depuis 2012.

Pour Bercy, c'est clair, « c'est le signe que la compétitivité évolue favorablement ». D'autant que le tissu exportateur français a dû composer avec l'appréciation de l'euro qui a eu lieu en 2017. C'est pourtant aller un peu vite en besogne. D'abord parce que, si les exportations en volume ont progressé de 3,1 % l'an passé, la demande extérieure adressée à la France aurait, elle, progressé de 4,2 %, si l'on en croit l'Insee. « Donc la part de marché de la France n'a pas progressé », en conclut Denis Ferrand, directeur général de Rexecode.

Faible hausse des importations

Ensuite, une partie de cette performance s'explique par la hausse particulièrement faible des importations, qui n'ont grimpé que de 1,1 %, en lien avec le coup de frein de la consommation des ménages. Enfin, rien ne dit que cette performance puisse être rééditée. L'économie française a certes un avantage à l'heure du ralentissement de l'économie mondiale : elle est moins dépendante des exportations que l'Allemagne, par exemple, et s'appuie d'abord sur la demande intérieure.

Mais, comme le dit Mathieu Plane, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), « l'économie française ne peut pas être complètement immunisée. Elle peut seulement ralentir un peu moins que ses voisines ». L'Allemagne, notre premier partenaire, importe pour plus de 70 milliards d'euros de produits français chaque année, soit près de 15 % du total des exportations hexagonales. Nul doute que, si la croissance outre-Rhin tombe à seulement 1 % en 2019, comme le prévoit désormais le gouvernement allemand, la France sera alors touchée.

« Consommateur en dernier ressort »

Et si les mesures en faveur des « gilets jaunes » annoncées en décembre soutiendront le pouvoir d'achat en 2019, elles pourraient au final se traduire par un creusement du déficit commercial. Si tous nos partenaires voient leur économie ralentir en même temps et la demande française augmenter, les fuites vers les importations pourraient être importantes.

Les Français joueraient alors le rôle de « consommateur en dernier ressort » de l'Europe, qu'ils connaissent bien depuis près de vingt ans. Il paraît en tout cas peu probable que la contribution du commerce extérieur au PIB soit très positive cette année.