En 2020, l'âge de départ à la retraite n'a pas bougé pour les salariés du secteur privé. Selon la Caisse nationale d'assurance-vieillesse (CNAV, les assurés ont liquidé leurs droits directs à 62,8 ans en moyenne, comme l'année précédente. Soit 62 ans et 9-10 mois.

Ce millésime était pourtant particulier avec l'épidémie de Covid. Et il a été marqué en janvier par le premier palier d'allongement de la durée de cotisation de la réforme Touraine (un trimestre de plus tous les trois ans jusqu'en 2035) et le report de la réforme des retraites, qui devait repousser un peu plus l'âge de départ.

Trimestre supplémentaire cotisé

Depuis 2016, l'âge moyen à la CNAV n'avait cessé de s'élever, année après année. Le mouvement devrait se poursuivre. L'effet du trimestre supplémentaire cotisé (41,75 annuités) sera lissé dans le temps, car seule une partie de la génération née en 1958 a pris sa retraite en 2020. D'autres partiront en 2021, en 2022... Les décalages de départs à la retraite interviendront au fil de l'eau.

La mise en place au régime complémentaire Agirc-Arrco d'un bonus et d'un malus, afin de décaler d'un an l'âge de départ, n'a eu qu'un effet marginal, observe-t-on à la CNAV : moins de 5 % des assurés ont modifié leur comportement pour éviter l'abattement temporaire, alors qu'on attendait plutôt 10 %. Des cadres ont même au contraire anticipé leur départ, bondissant sur l'aubaine d'être exemptés d'un gros malus au régime complémentaire (10 % pendant trois ans) s'ils subissent déjà une décote viagère au régime général (1,25 % par trimestre).

662.000 liquidations de droits directs

Quant à l'effet de l'épidémie de coronavirus, il n'est pas évident. A priori, la crise a pu aider les salariés à jouer les prolongations sur le marché du travail grâce au généreux dispositif de chômage partiel.

Selon la CNAV, il y a eu l'année dernière 662.000 liquidations de droits directs, à peu près autant que l'année précédente, et 169.000 liquidations de réversions, soit 3.000 de moins. Une performance dont se félicite Renaud Villard, son directeur général : « Il y a d'abord eu un effondrement des demandes, de mars à juin. Mais ces assurés, on est allé les chercher, en adaptant hyper rapidement les organisations », témoigne-t-il.

Mardi, lors d'une conférence de presse organisée par l'Association des journalistes d'information sociale, il a exhibé la courbe du télétravail à la CNAV : la moitié des 14.000 salariés étaient à pied d'oeuvre depuis leur domicile le jour du premier confinement, 80 % deux semaines plus tard. Au deuxième confinement, ils sont passés à 90 % « du jour au lendemain », et cette fois sur des ordinateurs professionnels. « Qu'on ne vienne pas dire que la Sécu ça sent la naphtaline ! », s'est-il enflammé.

Une amélioration potentielle des comptes

Quant à la surmortalité due à l'épidémie (54.000 décès selon l'Insee), elle n'a pas suffi à provoquer une chute du nombre de retraités du régime général : ils sont 14,57 millions au total, contre 14,54 millions fin 2019. Cela pourrait en année pleine réduire de 300 à 400 millions d'euros les prestations versées. Mais comme nombre de décès sont survenus en fin d'année, l'impact a été faible en 2020, d'autant qu'il se rapporte à 140 milliards d'euros de dépenses.

En fin de compte, le véritable impact de l'épidémie sur le régime de retraite se traduit dans un déficit historique, et durable. Le déficit de l'an dernier (11,5 milliards d'euros avec le fonds de solidarité vieillesse), aurait été encore plus élevé si la CNAV n'avait pas pioché 5 milliards dans le fonds de réserve des retraites pour se renflouer.

Cette année et les suivantes, elle pourra transférer ses déficits à la Caisse d'amortissement de la dette sociale. La prévision officielle pour 2021 est un nouveau déficit de 12,1 milliards, mais, selon Renaud Villard, il pourrait être ramené « entre 5 et 10 milliards » si l'activité économique croît plus vite qu'attendu en octobre. Une hypothèse à confirmer.