Pour les Français, c'est dans le monde du travail que la discrimination des femmes est la plus criante. Ils sont 85 % à juger qu'il existe des inégalités au niveau des salaires, 79 % sur l'attribution des postes à responsabilité et 73 % sur l'accès à tous les métiers, selon un sondage Elabe pour « Les Echos », Radio Classique et l'Institut Montaigne, publié à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes de ce vendredi.

En comparaison, les inégalités perçues sont moindres dans le champ domestique : 77 % des sondés reconnaissent leur existence sur la répartition des tâches ménagères, mais seulement 65 % sur la répartition des tâches administratives et 59 % sur l'éducation des enfants. Et à peine 51 % des Français voient de la discrimination sur la présence dans les médias et 49 % sur l'accès à tous les sports.

« Une double prise de conscience »

« Ces réponses témoignent d'une double prise de conscience, décrypte Bernard Sananès, le président d'Elabe. Premièrement, il n'y a pas de déni des inégalités. Deuxièmement, la majeure partie des personnes interrogées pensent que l'on peut faire bouger les choses, signe que la société s'est mise en mouvement. »

Dans de nombreux domaines, les Français estiment que l'égalité a progressé : c'est l'avis de 60 à 66 % d'entre eux en ce qui concerne l'accès aux sports, aux métiers et la présence dans les médias ; et d'une majorité un peu plus courte pour la répartition des tâches ménagères et l'éducation des enfants.

En revanche, le pessimisme demeure sur les écarts de salaire et les difficultés d'accès à des postes de responsabilité. Ce sont également les sujets sur lesquels l'avis des femmes et des hommes diverge le plus, ces derniers étant de manière générale moins alarmistes que les premières.

Ainsi, un tiers seulement des femmes (32 %) pensent que l'égalité salariale a progressé ces dernières années, contre 56 % des hommes. Elles sont également minoritaires, à croire à un progrès dans la marche vers le pouvoir (44 %), alors que 61 % de leurs congénères masculins estiment qu'il y a eu des avancées. Les perceptions divergent moins sur les tâches ménagères (59 % d'amélioration selon les hommes, 57 % selon les femmes).

Très logiquement, les Français jugent donc que les mesures visant à réduire les inégalités doivent cibler le monde du travail. « Les gens pensent qu'il y a des solutions, et choisissent en priorité trois mesures consensuelles : créer des crèches interentreprises, accorder des droits à formation aux salariés à temps partiel qui sont majoritairement des femmes, ou développer le télétravail », explique Bernard Sananès. Ces suggestions sont jugées efficaces à plus de 70 %.

Peu de suffrages pour un congé paternité long

Toutefois, ajoute le président d'Elabe, « il y a une attente de volontarisme », avec des mesures nettement plus répressives, jugées efficaces à plus de 60 %. Ainsi, le fait de sanctionner par une amende de 1 % du chiffre d'affaires les entreprises avec des écarts de salaire ; de publier le nom de celles où la discrimination salariale est la plus forte ; ou de contraindre les entreprises de plus de 1.000 salariés à noter le degré d'inégalité salariale.

Quant à l'institution d'un congé paternité obligatoire d'une durée équivalente à celle du congé maternité, c'est la mesure qui recueille le moins de suffrages du point de vue de l'efficacité : seuls 55 % des sondés pensent que cela ferait progresser la parité. Pour le coup, le congé paternité, ce sont les femmes qui y croient le moins : 50 %, contre 62 % pour les hommes.