La réouverture de la cathédrale Notre-Dame de Paris, qui paraissait si lointaine en avril 2019, quand le monde observait avec stupéfaction l'incendie de l'édifice, approche à grands pas. Dans tout juste un an, le 8 décembre 2024, les fidèles et curieux pourront retrouver le monument historique le plus visité d'Europe, à l'occasion de la fête de l'Immaculée Conception.

Un timing serré de cinq ans, fixé par Emmanuel Macron lui-même dès le lendemain du sinistre. Le chef de l'Etat se rend d'ailleurs sur place ce vendredi. Le chantier a nécessité une mobilisation de quelque 250 entreprises (sous-traitants inclus), dont « la grande majorité sont des TPE-PME », selon Philippe Jost, président de l'établissement public Rebâtir Notre-Dame de Paris, chargé du chantier.

Le coût de sa restauration est chiffré à 550 millions d'euros, sans compter les 150 millions qui ont servi à la sécurisation de l'édifice. Cette opération exceptionnelle a récolté 846 millions d'euros de dons. Auditionné au Sénat en janvier, le général Jean-Louis Georgelin, alors à la tête du chantier (il est décédé en août), avait indiqué que le montant restant servirait à restaurer les extérieurs de Notre-Dame, comme les arcs-boutants, à partir de 2025.

La mission titanesque de la reconstruction de la flèche

Selon son successeur, Philippe Jost, il est essentiel que les TPE-PME participent à la reconstruction de la cathédrale. « Ce chantier exceptionnel a besoin d'excellence, souligne-t-il. Or les compétences et les savoir-faire nécessaires, souvent acquis sur des décennies, sont détenus pour l'essentiel par des TPE-PME et des artisans d'art. » Les exemples sont légion. Mille cinq cents nouvelles chaises, qui seront installées au niveau de la nef avant la réouverture, ont été commandées par le diocèse de Paris à l'entreprise landaise Bosc-Sièges Bastiat et ses 17 employés. Les travaux de restauration de l'emblématique grand orgue, miraculé de l'incendie, ont été confiés à trois TPE spécialisées : l'atelier Bertrand Cattiaux (Corrèze), la Manufacture Languedocienne de Grandes Orgues (Hérault) et Orgues Pascal Quoirin (Vaucluse).

La mission titanesque de la reconstruction de la flèche a aussi nécessité un groupement d'entreprises. Le Bras Frères (Meurthe-et-Moselle), Cruard Charpente (Mayenne), Métiers du Bois (Val-de-Marne) et Asselin (Deux-Sèvres), quatre PME spécialisées dans le domaine de la charpente et habituellement concurrentes, se sont ainsi alliées pour ce marché.

« Se regrouper était nécessaire pour pouvoir répondre aux défis techniques et aux délais exigeants », assure François Asselin, dirigeant de la société qui porte son nom et président de la Confédération des petites et moyennes entreprises. Afin d'encadrer leur collaboration, les quatre PME s'étaient notamment engagées à ne pas se débaucher des compagnons d'une entreprise à une autre.

Selon François Asselin, le chantier a été un « aspirateur à talents » pour la société, qui réalise un chiffre d'affaires d'environ 20 millions d'euros : « Nous n'avons pas eu de difficultés pour recruter pendant toute cette période », indique-t-il. Les effectifs de la division charpente ont ainsi augmenté de 10 % - au total, l'entreprise compte 130 employés.Pour l'ETI Lefèvre, société du groupe Aurige, poids lourds de la restauration de monuments historiques, les travaux n'auront pas entraîné de nouveaux recrutements mais une réorganisation temporaire. La société de 439 employés avait été chargée de la restauration des maçonneries et des pierres de taille de la croisée, des deux bras du transept et de la nef. « Pendant plusieurs mois, des personnes issues de nos agences en province sont venues renforcer nos équipes en région parisienne, afin de nous prêter main-forte pour les travaux de Notre-Dame et de nous permettre d'assurer nos autres opérations », explique Henry de Reviers, directeur de l'agence de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), qui compte 85 employés et affiche un chiffre d'affaires de 12 millions d'euros.

Visibilité des métiers d'artisanat

Si un chantier considérable comme Notre-Dame entraîne forcément un « pic d'activité », Henry de Reviers est plutôt confiant pour la suite. En parallèle du chantier de la cathédrale, les équipes de Lefèvre travaillent, en effet, sur d'autres opérations importantes : à Paris, elles oeuvrent par exemple sur l'église de la Trinité, sur l'opéra Garnier ou dans la cour Mansart de l'hôtel de la Monnaie.

De son côté, Flavie Serrière Vincent-Petit, présidente de la Manufacture Vincent-Petit, aborde l'avenir avec plus de vigilance. « Notre activité dépend de la commande publique : avec la fin des travaux sur Notre-Dame, comme celle des chantiers liés à France Relance, nous craignons toujours les éventuels creux d'activité liés à des décalages de chantiers ou à des marchés qu'on perdrait », confie-t-elle. La présidente de l'atelier de maîtres verriers met néanmoins en avant une visibilité accrue des métiers d'artisanat entraînée par le chantier.Avec sept autres sociétés, la PME de 26 salariés installée à Troyes (Aube) a été choisie pour la restauration des vitraux salis par l'incendie. L'entreprise a ainsi été chargée des baies hautes installées du côté sud, au niveau du choeur, du transept et de la nef.Ces vitraux, inspirés par les traditions médiévales, datent en réalité de la restauration menée par l'architecte Eugène Viollet-le-Duc au XIXe siècle. Ils représentent des personnages bibliques tels que les prophètes Daniel et Jérémie. « Certaines verrières datent même des années 1960 », précise la dirigeante. Après plus d'un an de chantier, les derniers vitraux restaurés par la Manufacture Vincent-Petit ont été reposés il y a quelques semaines dans la cathédrale, qui retrouve peu à peu ses couleurs.