L'ère du numérique a rendu la cybersécurité complexe, mais elle a aussi révélé sa faille la plus persistante : l'utilisateur. Aujourd'hui, les attaques ne visent plus prioritairement les lignes de code ou les pare-feux, mais la personne qui est derrière l'écran. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles une statistique vient glacer le sang des responsables IT : 98 % de toutes les cyberattaques réussies impliquent une forme d'ingénierie sociale. Qu'est-ce qu'une attaque par ingénierie sociale ? Comment s'en protéger ? Tout ce qu'il faut savoir.

Ingénierie sociale : définition

L'ingénierie sociale est une technique de manipulation qui exploite l'erreur humaine ou le comportement humain afin d'inciter les victimes à divulguer des informations confidentielles, des données de valeur ou à réaliser une action préjudiciable, comme télécharger un fichier malveillant. 

Ce que cherche l'attaquant n'est pas une faille système, mais une faille comportementale. Pour cela, il se présente comme une source fiable ou une entité de confiance, utilisant l'usurpation d'identité et la tromperie. 

Pour duper les utilisateurs, les attaquants exploitent délibérément un éventail d'émotions humaines : 

  • La peur et l'urgence : la menace d'une suspension de compte ou d'une arrestation (fraude fiscale) incite à l'action immédiate, court-circuitant l'esprit critique.
  • L'avidité : l'attaquant promet une récompense ou un gain facile (par exemple, transformer 100 dollars en 1 000 dollars sans effort) pour convaincre la victime de fournir ses coordonnées bancaires.
  • L'entraide : il est dans la nature humaine de faire confiance et d'aider. Un mail semblant provenir d'un directeur demandant en urgence le mot de passe de la base de données comptable pour payer les employés à temps est un exemple classique de cette technique.
  • La curiosité : les cybercriminels exploitent l'actualité médiatique pour envoyer des messages avec des pièces jointes prétendument exclusives, incitant la victime à cliquer et à installer un logiciel malveillant.

Comment fonctionne l'ingénierie sociale ?

Les attaques par ingénierie sociale ne sont pas le fruit du hasard. Elles suivent un cycle rigoureux, souvent invisible pour les victimes, visant à créer un scénario parfait qui conduit à l'action souhaitée. 

1. Collecte d'informations sur la cible

Dans cette phase de préparation, l'attaquant mène une véritable enquête. Il recueille un maximum de données sur l'entreprise ou l'organisation ciblée, mais aussi sur l'employé lui-même : poste occupé, outils utilisés, habitudes de messagerie, relations internes, événements récents.

Tout est bon à prendre, qu'il s'agisse d'un post LinkedIn, d'une signature d'e-mail d'entreprise ou de détails glanés en espionnant l'écran d'un collaborateur dans un café. L'objectif est de bâtir un profil crédible et de rendre l'approche parfaitement contextualisée.

2. Création d'un scénario crédible et mise en confiance

Le scénario est désormais maîtrisé. L'attaquant initie le contact en se faisant passer pour un fournisseur, un nouveau prestataire ou même un collègue. Il utilise un prétexte bien ficelé pour que sa demande paraisse logique.

À ce stade, aucune alerte technique n'est déclenchée, car l'échange reste purement humain. Le discours est fluide, la confiance s'installe, l'identité usurpée est suffisamment obscure ou crédible pour désarmer l'instinct de méfiance de la victime.

3. Manipulation et exploitation de la victime

C'est le moment critique où l'attaquant passe à l'acte et introduit sa demande d'action (cliquer sur un lien, valider un virement, transmettre un document confidentiel). Il accentue généralement la pression par l'urgence ou l'autorité.

L'objectif est d'amener l'utilisateur à divulguer des informations de valeur (mots de passe, détails financiers) ou à réaliser une action compromettante (téléchargement d'un logiciel malveillant). 

4. Abandon ou poursuite de l'exploitation

Une fois l'objectif atteint (le virement a été fait, l'identifiant volé), l'attaquant disparaît. Néanmoins, il arrive qu'il laisse une porte d'entrée persistante : un malware de type cheval de Troie, un mot de passe volé ou un accès administrateur oublié. 

L'utilisateur, souvent, ne se rend compte de rien dans l'immédiat, l'attaque ne laissant ni trace dans les journaux systèmes, ni alerte dans le pare-feu.

Quelles sont les techniques d'ingénierie sociale courantes ?

Toutes les attaques par ingénierie sociale exploitent la même faille (l'humain), mais empruntent une diversité de canaux et de techniques.

L'hameçonnage (phishing)

L'hameçonnage (phishing) est sans conteste la menace la plus répandue. L'attaquant envoie des messages ou des e-mails qui imitent un service connu (banque, plateforme de paiement, fournisseur internet) pour inciter la victime à cliquer sur un lien malveillant ou à saisir ses identifiants sur un faux site internet.

Le hameçonnage se décline aujourd'hui sous plusieurs formes : 

  • Le vishing (hameçonnage vocal) : l'attaque se fait par communication orale, généralement téléphonique. Le fraudeur se fait passer pour une entité de confiance pour persuader la victime de révéler des informations sensibles.
  • Le smishing (hameçonnage par SMS) : le cybercriminel prend contact via des messages courts ou une messagerie instantanée. Les messages contiennent un lien ou une fausse alerte (ex : " Colis bloqué, confirmez votre adresse ici ").

Le harponnage (spear phishing)

Contrairement à l'hameçonnage de masse, le harponnage est fortement ciblé, visant des particuliers ou des entreprises spécifiques. Il nécessite une recherche approfondie sur les cibles potentielles et leurs organisations pour personnaliser les messages et les rendre très convaincants.

Le whaling (ou pêche à la baleine) est une variante du harponnage qui cible spécifiquement les personnes de haut niveau comme les cadres supérieurs et les PDG pour accéder aux informations les plus confidentielles.

L'appât (baiting)

Ce type d'attaque implique la promesse d'une récompense ou d'un objet spécifique (logiciels gratuits, téléchargements, cartes cadeaux) en échange d'informations sensibles ou de l'accès à un système. 

Elle se produit souvent en ligne, mais peut aussi impliquer l'abandon physique d'une clé USB infectée dans un lieu fréquenté par la cible, par exemple.

Le prétexte (pretexting)

Dans ce type d'attaque, l'attaquant prend une fausse identité pour inciter ses victimes à communiquer des informations. Il crée un scénario inventé de toutes pièces pour obtenir la confiance, par exemple en se faisant passer pour un employé des ressources humaines, un responsable IT ou un prestataire externe. 

Le pirate informatique construit une histoire convaincante qui justifie la demande d'informations ou d'une action compromettante.

Le quid pro quo

Cette technique exploite la loi de la réciprocité : l'attaquant propose un service ou une aide (ex : " Je peux régler votre bug informatique ") en échange d'une information sensible (ex : " Désactivez votre antivirus et donnez-moi vos identifiants "). L'offre paraît utile et légitime, ce qui désarme la méfiance de la victime.

Attaque par ingénierie sociale : quels risques pour les professionnels ?

Une attaque par ingénierie sociale réussie provoque un effet domino dévastateur. Le danger est particulièrement aigu pour les TPE et PME, souvent moins armées en cybersécurité face à l'ampleur des menaces.

  • Pertes financières : les fraudes au virement ou les paiements de rançon entraînent des pertes directes. Le coût total des escroqueries par ingénierie sociale a dépassé les 10 milliards de dollars en 2023.
  • Vol de données sensibles : l'objectif principal de l'ingénierie sociale est l'obtention d'informations confidentielles. En cas de réussite, cela peut entraîner la fuite de données sur les clients, les employés, les finances de l'entreprise ou des secrets commerciaux.
  • Interruption d'activité : certaines attaques par logiciel malveillant peuvent paralyser partiellement ou totalement l'organisation. Le cas de l'hôpital de Düsseldorf, dont l'infrastructure a été paralysée par un rançongiciel en 2020 et où une patiente est décédée en cours de transport, illustre l'impact humain dramatique de ces interruptions.
  • Atteinte à l'image et à la réputation : une fuite de données ou une escroquerie largement médiatisée érode la confiance des clients et des partenaires commerciaux, parfois de manière irréversible.
  • Responsabilité juridique : les entreprises peuvent être tenues responsables des atteintes à la vie privée (RGPD) ou des conséquences financières, ce qui peut engendrer des poursuites judiciaires importantes.

Comment se protéger d'une attaque par ingénierie sociale ?

Puisque la faille est humaine, la défense doit l'être aussi. Aucune solution technique ne peut être efficace si le collaborateur ne développe pas les bons réflexes. Pour endiguer les menaces liées à l'ingénierie sociale, une approche à plusieurs niveaux est indispensable :

  • Sensibiliser vos équipes à la cybersécurité : l'éducation est le pilier de la protection. Organisez des formations régulières, courtes et concrètes. N'hésitez pas à simuler des attaques de phishing en interne pour évaluer et corriger les réflexes des employés.
  • Mettre en place une politique de cybersécurité claire : définissez des protocoles stricts pour la gestion des informations sensibles et le signalement des messages ou des situations suspectes.
  • Utiliser l'authentification multifacteurs (AMF) : il s'agit d'une couche de sécurité essentielle. Même si les identifiants d'un utilisateur sont compromis, l'AMF bloque l'accès non autorisé au système.
  • Vérifier systématiquement l'identité des personnes qui vous contactent : toute demande inhabituelle ou urgente, en particulier concernant le transfert d'argent ou de données confidentielles, doit être vérifiée par un canal alternatif (téléphone, en personne), et jamais en répondant au mail suspect.
  • Ne pas partager d'informations sensibles : les employés doivent savoir qu'ils ne doivent jamais divulguer de mots de passe ou de détails financiers par mail, SMS ou messagerie, quelle que soit la source de la demande.
  • Utiliser des logiciels et outils de sécurité et bien les mettre à jour : des solutions de filtrage des e-mails avancées (anti-phishing, anti-malware) doivent être implémentées. Tous les logiciels et les systèmes doivent être régulièrement mis à jour pour combler les vulnérabilités.
  • En cas de doute, donner l'alerte avant d'effectuer toute action : la règle d'or est de ne jamais réagir sous le sentiment d'urgence. Si un lien ou un message est suspect, il faut s'abstenir de cliquer et alerter immédiatement le service informatique ou la direction.
 
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