Une certitude : s'ils pourront s'y plier, les chefs d'entreprise ne souhaitent pas un retour du télétravail total, en cas de nouvelle dégradation de la situation sanitaire. « Ce n'est pas ce qu'on souhaite, mais contrairement au premier confinement, tous les salariés sont équipés pour. Mais ce n'est pas quelque chose que l'on peut pérenniser, sinon on va perdre des salariés », explique Jean de Villèle, directeur général adjoint chez Klésia, en marge de l'université du Medef, mercredi, à Paris.

L'heure est plutôt à l'hybridation, entre la nécessité d'un retour sur place pour maintenir des interactions sociales et la sanctuarisation de périodes de travail à distance. « Il sera difficile de revenir en arrière, confirme Cyril de Quéral, vice-président des Entrepreneurs et dirigeants chrétiens (EDC) qui dirige par ailleurs 300 personnes au sein de son entreprise Powell Software. Personnellement, j'ai beaucoup de salariés d'une trentaine d'années. On ne pourra jamais leur dire de revenir tous les jours. Il faut un modèle hybride. » Il préconise « un ou deux jours sur place pour le travail d'équipe, pour prendre le temps d'échanger ensemble : ce n'est pas un temps pour la productivité. »

« Echanger en vrai »

« Le télétravail, c'est très bien pour gérer les processus existants, mais dès qu'il y a de la nouveauté, qu'il faut être dans l'innovation, il faut pouvoir échanger en vrai », corrobore Alain Monteux, patron de Tunstall, une entreprise de 220 salariés dans la santé connectée, qui organise une remontée en puissance du travail en présentiel. L'entrepreneur, qui a déjà fait revenir la moitié de ses salariés, note toujours une perte de productivité de l'ordre de 10 %.

« L'enjeu est de faire revenir les salariés, abonde Jean-François Faure créateur de AuCoffre.com. On a plus de difficultés à faire revenir les plus jeunes, mais j'ai besoin que les gens reviennent. On avait trouvé une harmonie avec le télétravail, il faut trouver une harmonie dans un mixe présentiel-télétravail. »

« L'entreprise, c'est un collectif, martèle Lionel Reversat de Stody, groupe de consulting en ingénierie qui emploie 250 personnes. Avec le télétravail, beaucoup de salariés ont perdu de vue leurs collègues, cela a exacerbé les individualismes. Retrouver le collectif n'est plus du tout un enjeu accessoire. »

« Des problèmes d'équité »

Les retrouvailles avec les collègues sont aussi parfois l'occasion de quelques tensions. « Ce sont les mêmes problématiques que dans les cercles privés, analyse Cyril de Quéral. Il y a ceux qui veulent absolument porter le masque, ceux qui disent qu'il ne sert à rien... Les vaccinés, ceux qui ne veulent pas du vaccin... »

« I l faut que tout le monde soit vacciné, conclut le patron d'une grosse PME sous couvert d'anonymat. Aujourd'hui l'équilibre du retour en présentiel est mis en péril par ceux qui veulent que tout le monde porte tout le temps le masque et ceux qui préfèrent rester tout le temps en télétravail, ce qui crée des problèmes d'équité. »