Un shorty anti-frottement des cuisses, voilà la proposition originale de Cuissoh, une jeune marque lancée en 2020 par Léa Legendre. Un produit d'ultra-niche ? Loin de là, à en croire la porteuse de projet. Avant de créer ce sous-vêtement hors normes, elle a pris soin d'évaluer le potentiel du marché en réalisant une étude auprès de 600 consommatrices. Conclusion, 60 % des Françaises souffriraient de douleurs causées par les frottements de cuisses. Et en nourriraient des complexes. Si 40 % des femmes font une taille 44 ou plus, le surpoids n'est qu'un aspect du phénomène. La morphologie - ossature et cuisses - a également un impact. « Avec Cuissoh, je souhaite libérer les femmes de la douleur physique et psychologique en promouvant une mode inclusive », explique Léa Legendre.

C'est lors d'un bootcamp en 2019 qu'elle envisage la création de l'entreprise. Elle vient alors de quitter son poste d'analyste financier à la Société Générale et s'apprête à intégrer Upslide, société spécialisée dans le développement de logiciel. Après avoir réalisé son étude de marché, la jeune femme décide de créer Cuissoh, sa marque de sous-vêtements « décomplexés ». Elle mène alors de front son travail salarié et son projet entrepreneurial sur lequel elle ne peut avancer que les soirs et week-ends.

Une année consacrée au sourcing

« A ce stade, le plus gros boulot a été de trouver des personnes qui savent faire ce que j'ignore », assure l'entrepreneuse. Léa Legendre passe de multiples appels téléphoniques pour identifier les acteurs de la filière et comprendre comment on crée un vêtement, du prototype jusqu'à la livraison. « On se prend des murs, puis on apprend à poser les bonnes questions », lance-t-elle. Elle approche un atelier de confection à Troyes, puis déniche des fournisseurs en Europe. Un travail de sourcing qui lui prend un an.

Elle quitte son poste salarié août 2020 avec une indemnité de départ qu'elle injecte dans son projet. « Entreprendre, c'est difficile, constate-t-elle rapidement. On souffre vite de la solitude sans collègue ». L'urgence est désormais de financer son projet. Elle prépare une levée de fonds sur Ulule. Elle espère prévendre 300 unités. Sa visibilité est boostée par des influenceuses qui promeuvent les grandes tailles. « Elles sont peu nombreuses mais ont un très fort impact sur le taux d'acquisition car leur communauté ne se reconnaît pas dans la mode ». La campagne va au-delà de ses attentes : les précommandes atteignent 2.000 unités. Et l'entrepreneuse voit son nombre de followers sur Instagram doubler.

Problèmes de gestion de stocks

Fin mars 2021, elle lance la production par vague, au gré des commandes. En juillet, elle se trouve en rupture de stock. Elle relance la production en vue des fêtes de fin d'année. Mille shortys sur six tailles. Mauvais calcul, car passée l'euphorie des beaux jours, les ventes marquent le pas. « Quand on n'a pas une année pleine, on fait au doigt mouillé, avoue Léa Legendre. Je pensais écouler le stock sur l'hiver mais ce n'est pas un produit qui s'offre. » Elle finit d'écouler ces 1.000 unités à la fin février et s'acquitte alors des factures de décembre. « C'est un peu l'angoisse, confesse-t-elle. Heureusement les fournisseurs savent que 10,00 euros, ce n'est pas anecdotique à mon échelle. Ils ne m'ont pas mis la pression. »

Depuis l'activité a rebondi : de janvier à avril, Cuissoh a généré un chiffre d'affaires de 50.000 euros. L'entrepreneuse vise les 200.000 euros pour 2022. « La marque est bien orientée avec un taux de récurrence de plus de 15 %. Les clientes se constituent une petite collection », se réjouit celle qui vient de remporter le Coup de Coeur du Prix Moovjee 2022. Autre indicateur au vert : le panier moyen qui est passé de 50 à 60 euros.

Prendre des parts sur un marché naissant

Pour réaliser son objectif annuel, Cuissoh doit convaincre de nouvelles consommatrices. « L'acquisition-client, c'est le nerf de la guerre mais les publicités payantes représentent un énorme budget ». Léa Legendre mise sur la relation avec des influenceuses « grande taille », en leur envoyant des produits. « Ce type de morphologie est peu représenté par la mode, elles bénéficient donc de communautés très engagées sur les réseaux sociaux », assure-t-elle.

Pour financer la suite, l'entrepreneuse négocie un prêt de 20.000 euros à la banque. Parallèlement, elle démarche de premiers retailers, de petites boutiques indépendantes de lingerie en caressant l'espoir d'être un jour référencée chez Décathlon pour imposer sa marque. Car elle le pressent, elle aura bientôt de la concurrence et doit s'imposer dès maintenant sur ce marché naissant.