Bien gérer son stress et le poids des responsabilités, s'ouvrir à ses pairs pour tenir le cap. On en sait assez peu sur les secrets de réussite des chefs d'entreprise, sur ce qui leur permet de résister au quotidien, sur l'équilibre entre vie professionnelle et personnelle. Pour lever un coin du voile, l'étude « Chef(fe) d'entreprise Chef(fe) de famille » de bpifrance Le Lab a interrogé les patrons de PME et d'ETI.

Il ressort que 79 % d'entre eux sont satisfaits de la manière dont ils concilient vies de famille et d'entrepreneur. « Ce n'est pas simple tous les jours. Leur quotidien est débordant, leurs responsabilités multiples, mais c'est une situation choisie », tempère Elise Tissier, directrice de bpifrance Le Lab. Ce constat encourageant repose en grande partie sur la famille qui joue un rôle important dans l'équilibre des chefs d'entreprise.

La famille, principal soutien

Le cercle familial est un ingrédient indispensable à la réussite pour huit entrepreneurs sur dix. C'est un refuge qui permet de se détendre et de se ressourcer après le travail. C'est aussi un appui pour leur monde professionnel : 65 % d'entre eux estiment que le soutien de leur entourage a permis à leur entreprise de croître.

Le rôle de la famille et notamment celui du conjoint reste clé pour Christophe Vassout, patron de Meniger Couverture, une société de 18 salariés dans les Yvelines. « Tous les soirs, avec mon épouse, nous partageons nos journées. Je lui confie mes soucis, mes choix, certaines décisions. Cela permet de recevoir un point de vue externe, trouver de nouvelles idées et évacuer la pression », confie cet entrepreneur.

Un garde-fou pour ne pas travailler nuit et jour, éviter de confondre son entreprise et sa propre personne. Sa volonté de prendre du recul s'est accentuée avec la crise sanitaire : « J'accorde plus de temps à ma famille, et je suis plus compréhensif avec mes salariés sur l'aménagement des horaires », reconnaît l'entrepreneur.

Cloisonnement clairement affiché

Pour maintenir l'équilibre, trois conditions doivent être réunies. Il faut d'abord séparer les sphères personnelles et professionnelles, ce que déclarent faire trois patrons sur quatre. Ainsi, la majorité d'entre eux n'a pas remis en question le pilotage de leur entreprise à la suite de la naissance de leurs enfants ou de leur divorce.

Pour que la famille reste un sas de décompression, l'âge des enfants compte aussi. « Les dirigeants qui ont des enfants de plus de 25 ans ont des niveaux de satisfaction plus importants », relève Elise Tissier. La famille peut plus difficilement jouer son rôle de soutien, d'amortisseur pour les chefs d'entreprise de moins de 45 ans qui ont des enfants de moins de 10 ans, nécessitant plus de temps et d'énergie.

Enfin, la présence d'un organe de gouvernance, afin de garantir des prises de décisions de façon indépendante et réfléchie, participe à accroître la satisfaction des dirigeants.

Plus difficile pour les femmes

L'étude montre que les femmes doivent relever plus de défis. Les compagnons, salariés à plein temps, gèrent moins l'intendance du foyer « 39 % des conjoint(e)s ne s'occupent pas de la gestion familiale lorsqu'il s'agit d'une dirigeante, contre 10 % des conjoint(e)s pour les dirigeants », détaille Elise Tissier.

Cette double charge, Sophie Weber la vit au quotidien. Dirigeante d'une société éponyme de transport routier de 55 salariés dans le Haut-Rhin, cette mère célibataire de deux enfants de 9 et 13 ans gère l'entreprise la journée et la famille avant et après les heures de bureau.

Pour s'en sortir, la patronne de quarante-deux ans, qui travaille en moyenne 40 heures par semaine, s'est résolue à déléguer. « En 2020, je me suis rendu compte que la priorité est autant mon entreprise que mes enfants. Je m'organise donc pour passer le mercredi matin avec ma fille et préserver plus de sorties familiales », explique l'entrepreneuse. Dans sa quête du bonheur, Sophie Weber avoue manquer de loisirs personnels pour déconnecter totalement. « Quand ma plus jeune fille sera au collège, je pourrai me défouler et aller au squash plus souvent », confesse-t-elle.

* BpiFrance Le Lab a sondé 1.638 dirigeants de PME et d'ETI. 91 % de ces dirigeants sont en couple, 82 % sont mariés.