Les femmes, ces bavardes, ces jacasseuses. Vraiment ? Selon Carine Nagot, fondatrice d'Helenor Communication, qui accompagne depuis 2018 des entrepreneuses et des femmes dans le secteur politique à dédramatiser cette peur de l'oral, la vérité est toute autre dans la sphère professionnelle.

« Les femmes rechignent à prendre la parole, et cette aversion semble s'enraciner profondément dans l'histoire de notre société. Elles ne sont pas encouragées à se mettre dans la lumière et ne sont pas valorisées dans cet exercice depuis le plus jeune âge », confie l'experte, auteure du livre « Vous êtes bon à l'oral mais vous ne le savez pas », publié en mai 2021 aux éditions Alisio.

Un déficit d'exposition

Des faits qui peuvent facilement se vérifier dans les médias. En 2013, le CSA notait que sur quinze jours de diffusion entre le 18 et le 31 mars 2013, les femmes ne représentaient « que 20 % du temps de parole des intervenants extérieurs et 25 % de celui des invités en plateau ». Sept ans après, la situation n'est guère plus réjouissante. Entre le 17 mars et le 11 avril 2020, elles représentent seulement 28 % des prises de parole et parmi elles seules 21 % sont dotées d'une certaine autorité, en excluant les journalistes.

Cette aversion pour la prise de parole en public a longtemps empoisonné la vie de Carine Nagot, qui a travaillé pendant plus de 30 ans dans le secteur public et privé comme cheffe de bureau de presse. « Cela a été un vrai frein dans ma vie professionnelle. J'ai souvent été tétanisée, comme beaucoup de mes clientes, à l'idée de me mettre en avant », raconte cette ancienne glossophobe. Une situation qui n'est toutefois pas irréversible. « En deux séances de 3h30, le problème peut être réglé. Ce sont des compétences que l'on peut acquérir très vite », assure Carine Nagot.

#1. Se détacher de ses défauts

Les entrepreneuses doivent commencer par perdre une très mauvaise habitude, celle de se concentrer sur leurs défauts.

« Quand les femmes prennent la parole, elles mettent toute leur énergie dans les points qu'elles doivent corriger, sur le fait de faire moins de gestes ou d'être trop souriante par exemple », constate Carine Nagot. Il faut pourtant faire le contraire et essayer d'identifier de la manière la plus objective possible ses atouts.

#2. Choisir le bon wording

Autre conseil : clarifier ce qu'on attend de sa prise de parole. Est-ce que je souhaite diffuser un message, motiver les équipes, instaurer un climat de confiance, faire comprendre un nouveau process ? « Les objectifs doivent être réalistes et précis dès le départ », insiste Nagot.

Dans la préparation de son discours, il faut identifier trois messages clés et choisir les mots justes. Une entrepreneuse, qui va présenter un projet ou un produit à des commerciaux va être la plus concrète possible, détailler les points forts du produit, qui vont intéresser in fine le client. Si elle s'adresse à des personnes dans un salon spécialisé dans le marketing, elle va pouvoir utiliser un langage plus technique, montrer la mécanique qui est à l'oeuvre.

#3. De la préparation, mais pas trop

Il faut aussi se préparer pour créer les conditions idéales et dédramatiser la situation. Les messages forts et les grandes parties du discours doivent être préparés, écrits sur des fiches cartonnées, l'introduction -les premières minutes qui sont parfois les plus anxiogènes doivent être confortables pour accrocher l'attention de son auditoire- et la conclusion également.

« Il est possible de s'entraîner devant un miroir, de s'enregistrer mais il ne faut pas trop en faire, et dans un temps limité, une heure maximum », conseille l'experte. Un peu avant l'événement, il est conseillé de faire une répétition générale d'une demi-heure. « C'est en étant le plus à l'aise et bien préparé que les femmes vont commencer par prendre du plaisir et laisser transparaître de l'enthousiasme dans leur discours », ajoute Carine Nagot.

#4. Se nourrir des feedbacks

Dernier conseil : chercher du feedback bienveillant pour en faire un moteur. En demandant à quelques alliés d'identifier trois points positifs sur le fond et la forme qui ressortent de la prestation, l'entrepreneuse va apprendre des autres, et entrer dans un cercle vertueux.

En prenant chaque opportunité comme l'occasion de progresser, il est possible de prendre goût à l'exercice, de se sentir à l'aise, et de devenir efficace et bon à l'oral... sans vraiment le savoir.