Fin 2018, Washington a rétabli des sanctions contre le secteur énergétique iranien dans la foulée de son retrait unilatéral de l'accord international sur le programme nucléaire de Téhéran.

Depuis, les Etats-Unis ont renouvelé tous les trois ou quatre mois une exemption spéciale pour l'Irak qui, sans gaz et électricité venus d'Iran, pourrait plonger dans le noir.

"Cette fois-ci la prolongation de l'exemption n'est que de 45 jours et est assortie de conditions strictes", a expliqué à l'AFP le haut responsable irakien.

Washington et Bagdad négocient encore ces conditions, a-t-il ajouté, alors que Washington ne cesse de pousser pour que la fin de la dépendance irakienne envers l'Iran se traduise par des signatures de contrats avec des compagnies --américaines en premier lieu.

Un mémorandum d'accord a bien été signé avec l'Américain General Electric l'an dernier mais aucun contrat n'a été finalisé.

Bagdad affirmait début 2019 que sa dépendance énergétique envers l'Iran était telle qu'il avait encore besoin de trois ans pour en sortir. Il lui achète actuellement 28 millions de mètres cubes de gaz par jour et 1.400 mégawatts d'électricité.

Ces achats sont cruciaux car l'Irak produit environ 16.000 mégawatts (MW), loin de la demande évaluée à 24.000 MW durant l'année et jusqu'à 30.000 MW en été.

Et surtout, le pays --pourtant l'un des plus riches en pétrole du monde-- pâtit de la déliquescence de ses infrastructures. Pour l'Iraq Energy Institute, 30 à 50% de l'énergie se perd pendant son acheminement.

Mais les grands projets censés notamment permettre d'utiliser le gaz irakien --qui jusqu'ici brûle sans être reconverti en source d'énergie-- n'ont toujours pas vu le jour et le pays est pris dans une profonde crise politique et sociale depuis octobre.

Des responsables irakiens et américains ont affirmé à l'AFP que bien que Washington se préoccupe de la lenteur de ces progrès, la situation à Bagdad avait pesé en faveur d'un renouvellement de l'exemption.

"Washington ne voulait pas bloquer le Premier ministre désigné Mohammed Allawi alors même qu'il fait ses premiers pas", a indiqué le responsable irakien.

M. Allawi a jusqu'au 2 mars pour former un gouvernement, qui devra contenter les manifestants toujours dans la rue pour réclament des personnalités indépendantes, mais aussi une classe politique hétéroclite et déterminée à ne pas céder la place.

Si l'exemption américaine était levée, alors l'Irak se retrouverait sous le coup de sanctions car il achète au secteur énergétique iranien via sa banque centrale, tous deux sur liste noire.