Que l'itinéraire des manifestations passe à proximité d'un musée, qu'il ne soit pas desservi par un métro, qu'il n'ait pas une exposition phare pour attirer les visiteurs malgré tous les obstacles... tout cela joue dans sa fréquentation.

Début 2019, le passage des "gilets jaunes" rendait les contrôles fastidieux et l'accès dissuasif au Grand Palais et à d'autres musées comme le Petit Palais, le Palais de Tokyo. Les contrôles se sont allégés au printemps. Puis, les difficultés ont repris le 5 décembre.

Faute de personnels --grévistes ou employés dans l'incapacité de venir des lointaines banlieues--, les musées ont réduit leurs heures d'ouverture, fermé des salles, et, plus rarement, carrément fermé. 

Le Grand Palais, même s'il a bénéficié de la ligne automatique numéro 1 et de l'attrait de ses expositions Gréco et Toulouse-Lautrec, a vu en décembre sa fréquentation chuter de 25% (- 45.000 visiteurs).

Comme l'explique Emmanuel Marcovitch, directeur-général délégué de la Réunion des Musées Nationaux-Grand Palais, les boutiques que gère la RMN ont souffert: "Il y a des musées où l'on a constaté une diminution jusqu'à un tiers du chiffre d'affaires dans certaines boutiques", a-t-il souligné à l'AFP.

Les musées de la Ville de Paris, souvent trop méconnus, ont accueilli plus de 3 millions de visiteurs, mais subissent plus de 50% de baisse de fréquentation depuis le 5 décembre. 

Pour Delphine Lévy, directrice de Paris Musées, "les mouvements sociaux nationaux ont eu un impact en particulier au Petit Palais et au Musée d'art moderne. Nous y avons de très belles expositions, Hartung, Gemito, Luca Giordano. C'est vraiment dommage!" 

Même baisse au réseau du Centre des monuments nationaux (CMN), qui a accueilli 9,97 millions de visites: les jours de fermeture de l'Arc de triomphe et la canicule ont joué. Si les tours de Notre-Dame ne sont plus visitables, la Sainte-Chapelle et le Panthéon ont connu un plus. 

Avec 3,2 millions de visites (-8%), le Centre Pompidou a réduit ses horaires, supprimé ses nocturnes, engendrant une baisse de 40% en décembre. Baisse qui a plus impacté le musée que les expositions comme Bacon ou Vasarely.

Le Louvre, qui a reçu 9,6 millions de visiteurs en 2019, en-deçà de 2018 (10,2 millions), minimise l'impact des mouvements sociaux, justifiant cette baisse par une politique volontariste de fermetures à l'été afin de mieux gérer l'afflux. Il salue la permanence des visiteurs étrangers (75% du total).

Le musée d'Orsay a réalisé son record absolu de 3,6 millions (+11%). Et les musées scientifiques s'en sortent bien: la Cité des sciences et de l'industrie +8%, le Palais de la découverte, +15%.