Un dernier bouquet final. Le gouvernement est décidé à ne pas renouveler l'expérience de la prime Macron, quand bien même celle-ci rencontre cette année un succès encore plus fort que celui rencontré l'an dernier.

Ainsi plus de 2,3 milliards d'euros ont déjà été distribués à plus de 5 millions de personnes au 1er octobre grâce à ce dispositif exonéré de cotisations sociales et d'impôts pour tous les salariés gagnant jusqu'à trois fois le SMIC, selon les derniers chiffres disponibles révélés lundi par « Le Parisien » et confirmés par Bercy. En comparaison, 4,8 millions de salariés en avaient profité sur la totalité de 2019 pour un montant global de 2,2 milliards. La tendance est la même pour le montant moyen versé. Selon les statistiques fournies par Bercy, le montant moyen de la prime serait de 458 euros pour le moment, supérieur au montant moyen de 400 euros constaté pour 2019. En revanche, l'exécutif ne dispose pas encore de données précises sur les secteurs qui ont le plus recouru à ce dispositif.

Bilan surprenant

Les chiffres sont importants, et pourtant ce dispositif mis en place l'an dernier en réponse à la crise des « gilets jaunes » ne devrait pas connaître de troisième épisode. Rien n'a été inscrit dans le projet de loi de finances pour 2021 qui revient cette semaine à l'Assemblée nationale, et l'exécutif n'envisage pas de revoir sa copie malgré la crise économique. « Nous privilégions des dispositifs pérennes de partage de la valeur. D'ailleurs les syndicats préfèrent eux aussi des mécanismes pérennes ou des hausses des salaires, tandis que les entreprises sont partagées », explique-t-on à Bercy.

Déjà fin 2019, le gouvernement avait fortement hésité à renouveler cette prime Macron d'un montant maximal de 1.000 euros, conçue fin 2018 pour augmenter le pouvoir d'achat et mieux rémunérer le travail. Certes, le dispositif avait fonctionné l'an dernier, puisque sollicité par environ 400.000 entreprises, mais l'Insee avait pointé un effet d'aubaine pour certaines qui auraient sans doute versé, sous une forme différente, au moins une partie du montant de cette prime.

Du coup, l'exécutif avait décidé d'adapter le dispositif, en le conditionnant à la signature d'accords d'intéressement. Une condition jugée alors excessive par les TPE. La crise du Covid-19 a toutefois rapidement amené le gouvernement à changer son fusil d'épaule. La restriction liée à la conclusion d'un accord d'intéressement a ainsi été levée pour la prime jusqu'à 1.000 euros, avec l'objectif que la prime puisse ainsi être versée facilement aux « salariés de la première ligne » exposés à la pandémie pendant le premier confinement (employés de supermarchés, de l'agroalimentaire, de la gestion de l'eau, etc.).

Ajustement dans l'urgence

Avec le nouveau cadre, un accord d'intéressement ouvre néanmoins le droit de doubler la prime à 2.000 euros. Enfin la date limite pour distribuer la prime a été repoussée du 30 juin au 31 décembre. Bercy estime que cet ajustement fait dans l'urgence au printemps a produit ses fruits. « Après le début de la crise sanitaire, on constate une hausse nette des sommes versées », souligne-t-on au ministère de l'Economie. Alors que le montant mensuel moyen versé oscillait entre 140 et 185 millions d'euros sur les quatre premiers mois de l'année, celui-ci a fait un bond à 502 millions en mai avant de rester à des niveaux supérieurs à 460 millions jusqu'en juillet puis de refluer lentement.