En première ligne. Depuis l'irruption du coronavirus, les officines des pharmaciens sont mises à contribution sur le front antipandémique - que ce soit pour des conseils, des tests ou des vaccins. Forcément, l'impact de la crise sanitaire sur leurs finances et sur la fonction du pharmacien anime les conversations dans les travées du Congrès national de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France, qui se tient ce week-end à Lyon.

Contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, la crise sanitaire n'a pas toujours été une aubaine pour le réseau des officines dont le chiffre d'affaires n'a progressé en 2020 que de 0,2 % à 36 milliards d'euros, comme le montre une récente étude Les Echos. L'automédication, même si elle ne représente que 6,5 % du chiffre d'affaires de l'officine, s'est en effet effondrée (-10 % à 2 milliards) du fait de la suspicion entretenue autour de l'Ibuprofène lors de la première vague, puis des gestes barrière qui ont supprimé les pathologies hivernales.

Transformation numérique

En contrepartie, les ventes spécifiquement liées au Covid-19, comme les masques, le gel hydroalcoolique, les tests et les vaccins, ont rapporté 1,62 milliard d'euros aux pharmacies en 2020. Et les ventes de médicaments remboursables, qui restent le coeur de l'activité (70 % des ventes totales), se sont maintenues voire plus (+3 %), malgré la baisse des consultations de ville. Ceci grâce à l'arrivée en officine de certains médicaments chers, prescrits par l'hôpital, comme des anticancéreux ou des traitements pour des maladies rares.

Cette moyenne sectorielle relativement plane cache en réalité de fortes disparités. Ce sont les pharmacies les plus importantes (plus de 7 millions de chiffre d'affaires) situées dans les centres commerciaux ou les zones de flux comme les gares qui ont le plus souffert. Mais ce sont aussi elles qui ont les reins plus solides pour faire face aux difficultés.

Les grosses officines et les enseignes (Giphar, Pharmactiv, Leader Santé, etc.) adossées à des groupements d'achat peuvent mieux négocier leurs approvisionnements auprès des laboratoires pharmaceutiques (hors médicaments de prescription). Certaines d'entre elles - comme Aprium Pharmacie, Boticinal ou Lafayette -, ont également accès à des moyens financiers supplémentaires grâce à l'arrivée de fonds d'investissement. Dans ces conditions, il est peu probable que le Covid-19 remettre en cause la tendance de fond à la concentration, estime l'étude des Echos.

Les officines doivent, par ailleurs, impérativement réussir leur transformation numérique pour rester en phase avec les évolutions du commerce de détail vers la vente en ligne, ce qui nécessite des moyens financiers et souvent un accompagnement par des professionnels.

La vaccination plébiscitée

Sur ce point, comment dans de nombreux secteurs, le Covid a joué un rôle d'accélérateur. Alors que la fréquentation des officines a baissé de 7 % pendant la crise, les ventes en lignes ont, elles, progressé de 32 %. En deux mois, la proportion de pharmacies appartenant à des groupements équipées pour le scan d'ordonnances et la réservation en ligne était passée de 66 à 88 %.

Le développement de l'activité de services qui a permis aux pharmaciens de tester et de vacciner les patients contre le Covid-19 est une autre évolution des pharmacies accélérée par la crise sanitaire. Elle a été initiée en 2002 avec l'autorisation accordée aux pharmaciens de délivrer une contraception d'urgence. « Elle a franchi une nouvelle étape en 2012, avec les entretiens pharmaceutiques, destinés à améliorer la compréhension et l'observance des traitements, d'abord pour les anticoagulants puis pour l'asthme et maintenant pour les anticancéreux oraux, explique Denis Millet, responsable des questions économiques à la FSPF, mais ils peinent à se développer car la rémunération est insuffisante au regard du temps passé », poursuit-il. Seule la vaccination est plébiscitée. La prochaine campagne de vacci-nation contre la grippe devrait le confirmer.