Encore balbutiant avant la pandémie, le recyclage dans le secteur industriel, notamment pour la filière plastique, est en train de bénéficier d'un sacré coup de fouet. Les prix des matières premières flambent : + 70 % pour l'aluminium en un an, dont + 22 % depuis le début de l'année, et + 30 % pour les résines plastiques vierges entre mai 2020 et février 2021, selon l'association des professionnels de l'emballage Elipso. A cela s'ajoutent les difficultés d'approvisionnement consécutives à la pandémie et la forte relance en Chine.

Autre élément incitatif, la loi Agec (antigaspillage pour une économie circulaire) qui vise zéro plastique à usage unique d'ici à 2040. Enfin, les attentes des consommateurs se font de plus en plus pressantes. Naguère perçus comme étant de seconde zone, les produits recyclés sont aujourd'hui acceptés, voire plébiscités. « Le grand public prend conscience des limites des ressources de la planète. Il y a une demande pour des produits incluant de la matière recyclée », explique Rachel Baudry, responsable du service produits et efficacité-matière à l'Ademe.

Contexte favorable pour le recyclage

Pour intégrer davantage de plastique recyclé dans les produits fabriqués en France, l'Ademe lance plusieurs appels à projets Orplast (Objectif Recyclage PLASTiques). Dans le plan de relance, une enveloppe de 226 millions d'euros est consacrée au recyclage et à la réduction de l'utilisation des plastiques.

La filière se structure. Côté start-up, Carbios, société auvergnate spécialiste de technologies enzymatiques de recyclage de matières plastiques, vient de lever 114 millions d'euros en Bourse pour financer son passage au stade industriel, incluant une unité de recyclage de PET d'une capacité de 40.000 tonnes par an. Cette unité, située sur le site de Michelin, entrera en service début 2025. « Nous allons donner l'opportunité à des producteurs de plastiques à base de PET de revendre du plastique recyclé, dont la demande est énorme », explique Jean-Claude Lumaret, directeur général de Carbios. Preuve que l'attrait pour les matières recyclées touche tout le monde, le groupe L'Occitane a participé à cette opération à hauteur de 10 millions d'euros.

Le problème de la filière se situe à l'amont. « Le tri n'est pas encore assez évolué chez les industriels », observe Didier Leleu, président d'Algoplast, PME alsacienne de 90 salariés spécialisée dans le recyclage, l'extrusion et le thermoformage. « Entre le papier, le métal et le plastique, ils savent faire, mais entre les différents types de plastique, cela devient plus compliqué. » Ce qui n'empêche pas Algoplast d'accélérer car la demande est là. La PME, qui transforme environ 5.000 tonnes de plastique par an, investit ainsi 5 millions d'euros pour augmenter sa capacité à 7.000 tonnes, avec l'aide de l'Ademe qui subventionne entre 30 et 35 % de l'opération.

Pression réglementaire sur les producteurs

Même tendance à la hausse chez Reviplast (30 salariés), qui collecte du plastique chez des industriels, dans un rayon d'environ 400 kilomètres autour de Limoges. Les deux lignes de production livrent 5.000 tonnes de plastique recyclé, revendues aux régénérateurs et aux plasturgistes. L'activité est en croissance avec l'ambition de passer à 10.000 tonnes en 2025 à Couzeix (Haute-Vienne). La PME a mis en service, avec Spirea, une nouvelle unité à Mérignac (Gironde) en août 2020.

Pour encourager davantage la demande, Céline Fraysse, responsable de site chez Reviplast, souhaite que la législation aille plus loin. « On se bat pour une obligation d'intégration de plastique recyclé, ce qui serait tout à fait possible dans des biens de consommation. » La pression réglementaire va néanmoins s'accentuer sur les producteurs. A partir de 2022, ils seront tenus de livrer des objectifs chiffrés en matière de réemploi et de réutilisation des produits en fin de vie.