Cet été, Bercy est censé phosphorer sur le futur plan d'investissements, promis pour septembre par Emmanuel Macron. Mais ce n'est pas pour cela que son grand frère, le plan de relance lancé l'an dernier, est politiquement enterré. Ainsi l'exécutif présente ce lundi au Parlement un rapport qui dresse un bilan de sa première année d'existence, marquée par une accélération de son tempo et par la réallocation de 5 milliards sur le total de 100 milliards prévus pour renflouer les mesures rencontrant le plus de succès. « Le plan de relance se déploie bien, mais nous sommes attentifs à la nécessité d'en améliorer continûment l'accessibilité et la vitesse d'engagement des crédits », souligne-t-on à Matignon.

Ce rapport, que « Les Echos » ont pu consulter, indique ainsi que 40 milliards sur le total des 100 milliards ont déjà été engagés à la fin juin. Le montant du décaissement réel des sommes est toutefois moindre, à 27 milliards, dont 10 milliards découlent de la baisse des impôts de production. « Le chiffre des décaissements peut être trompeur, puisque les effets de la relance peuvent être visibles dès l'engagement. Par exemple, la signature du contrat suffit pour entraîner des embauches dans le BTP », commente-t-on à Bercy.

Calendrier à marche forcée

Au total, ces 40 milliards d'engagements sont portés par les trois piliers du plan : le montant est de 11 milliards pour le volet écologique, de 16,5 milliards pour celui consacré à la compétitivité et de 12,5 milliards pour celui dédié à la cohésion. L'exécutif estime du coup être dans les temps pour engager 70 milliards dès la fin 2021, alors que le plan est censé se prolonger jusqu'en 2022.

« En réalité, une grande partie du montant restant sera déjà mise sur les rails cette année et il y aura très peu d'appels à projets l'an prochain. Nous sommes sur un calendrier à marche forcée, où toutes les mesures qu'on pensait mettre en oeuvre sur deux ans le seront dès cette année. La relance, c'est en 2021, pas plus tard », souligne-t-on à Bercy.

Ce rythme accéléré par rapport au tempo prévu s'explique par le succès de plusieurs mesures. Au point qu'il a fallu réallouer des montants supplémentaires aux dispositifs les plus courus. Ainsi 600 millions ont été rajoutés à l'enveloppe consacrée à la numérisation des entreprises industrielles, qui a déjà permis d'aider un tiers des entreprises éligibles en France.

De la même façon, 400 millions ont été mis en plus pour la relocalisation de projets industriels dans les territoires, tandis que la hausse des moyens est de 350 millions pour les fonds consacrés à la réhabilitation des friches. On peut également citer les 2,5 milliards injectés dans le budget consacré aux primes à l'embauche des jeunes (qui a été prolongé jusqu'en mai) et à l'apprentissage (prolongé jusqu'à la fin de l'année). Au total, ce sont 5 milliards d'euros qui ont changé d'affectation depuis un an.

Moindre succès

Pour autant, l'exécutif assure que le montant total du plan de relance reste à 100 milliards, puisque certaines mesures demandent finalement moins de moyens. Ainsi la prime à la conversion a trouvé son public (les véhicules hybrides et électriques ont représenté 15,7 % des ventes au premier semestre 2021, contre 2,5 % il y a deux ans) mais dans un marché bien moins porteur qu'attendu, si bien que tous les crédits n'ont pas été consommés.

Les entreprises ont également moins recouru à certains dispositifs de prêts, comme les prêts verts BPI. Et la prolongation de la crise sanitaire a enfin eu des conséquences sur le plan de relance : comme le dispositif classique de chômage partiel a dû être maintenu face à la pandémie, l'activité partielle de longue durée qui devait prendre le relais a été sous-utilisée. De quoi dégager un milliard d'euros de marge de manoeuvre budgétaire.

Enfin, Bercy a également eu recours à quelques tours de passe-passe budgétaires pour maintenir son enveloppe de 100 milliards. Ainsi le dispositif « Ma Prime Renov' » pour la rénovation thermique a connu un énorme succès, avec deux fois plus de demandes (près de 400.000) au premier semestre comparé à toute l'année 2020. Les deux milliards prévus pour 2021 et 2022 seront donc consommés dès cette année. Mais l'exécutif ne va pas fermer subitement le robinet à quelques mois d'une échéance électorale : il a donc été décidé de remettre sur la table 2 milliards l'an prochain, mais ils seront portés par le ministère de l'Ecologie et non par le plan de relance.