"Nous sommes en cessation d'activités puisque la radio est suspendue jusqu'à nouvel ordre par la Haute autorité de l'audiovisuel et de la communication", la HAAC, a confié à l'AFP, Virgile Ahouansè, journaliste politique et délégué du personnel, qui a reçu sa lettre de licenciement mardi.

Il s'est dit "désolé que l'instance investie par la constitution pour protéger la liberté de presse en arrive à une solution aussi radicale qui ne tient pas compte du droit à l'information des Béninois". 

A la mi-décembre, la radio, une des rares d'opposition au Bénin, avait reçu un courrier du président de la HAAC lui ordonnant de "suspendre les émissions jusqu'à nouvel ordre". 

"Notre convention est arrivée à expiration. Nous avons introduit la demande de renouvellement dans le délai requis, mais la demande n'a pas abouti", avait expliqué le rédacteur-en-chef de la station, Saturnin Djossou. 

"C'est un véritable recul en matière de liberté d'expression dans notre pays", regrette Franck Oké, juriste habitué des  débats politiques sur la radio, interrogé par l'AFP.

"Une voix importante s'est éteinte. Il y a une volonté de ne plus voir Soleil FM exister au Bénin, une des rares voix dissidentes dans l'espace audiovisuel béninois", a-t-il poursuivi.

De nombreux auditeurs sur les réseaux sociaux ont déploré "la fin tragique d'une radio qui apportait beaucoup de contradictions dans le débat politique". 

Pour Zakiath Latoundi, présidente de l'Union des professionnels des médias du Bénin, c'est "un espace de liberté fermé et un drame social pour le personnel".

Le 28 novembre 2016, Soleil FM avait déjà été suspendue avant d'être autorisée à émettre à nouveau trois mois plus tard. 

Depuis le mois d'octobre 2017, les fréquences de la radio étaient néanmois perturbées. 

Candidat à la présidentielle de 2016, Sébastien Ajavon était arrivé troisième, avant de se rallier à l'actuel président Patrice Talon. Mais les relations entre les deux hommes se sont vite dégradées, Sébastien Ajavon ayant été visé par la justice dans plusieurs affaires. Il vit actuellement en exil en France.  

Plus largement, les médias béninois connaissent une situation difficile sous la présidence de Patrice Talon, élu en avril 2016. 

Dix-sept journalistes, blogueurs et opposants ont été poursuivis en moins de deux ans pour "désinformation" et un journaliste d'investigation a été récemment condamné à 18 mois de prison ferme pour avoir relayé des propos critiques contre le gouvernement sur Twitter. 

Dans un communiqué publié cette semaine, Amnesty International dénonce le "climat de censure et de peur qui règne" au sein de la presse béninoise.

L'ONG met en cause la nouvelle loi Code du numérique du 20 avril 2018, qui "criminalise la publication de fausses informations et les délits de presse en ligne", mais peut être utilisée en vue de "harceler et menacer ceux qui expriment des opinions divergentes", met en garde François Patuel, chercheur sur l'Afrique de l'Ouest à Amnesty International.