(...) Avec le télétravail, l'écrit a pris une place prépondérante. Le défi consiste à éviter les travers qui nous jouent des tours. (...) Le télétravail multiplie les écrits par mail ou via les réseaux sociaux, la visioconférence, etc. L'écrit a pris le pas sur les échanges oraux. Ces télé-échanges sont une source d'incompréhensions, de quiproquos et de fâcheries. Cela développe des environnements tendus, nuisibles à la santé, qui pourrissent nos journées. La coopération et l'efficacité se dégradent.L'état de nos relationnels est altéré ; c'est préjudiciable à notre réussite. Nos interprétations s'invitent et transparaissent dans nos écrits, montant en épingle des problèmes insignifiants. Nos rapports à l'autre se raidissent. Nous ne sommes pas témoins de la réaction de nos correspondants. Leurs interprétations et leurs conséquences nous échappent. Professionnaliser sa communication écrite devient un atout qui limite les malentendus et nous rend la vie plus apaisée, en préservant notre vie sociale tant privée que professionnelle.(...) Prenez ce qui suit comme une boîte à outils [des travers à traquer dans vos, NDLR] écrits. Vous choisirez ce qui vous concerne. Adoptez ce que vous avez envie de travailler et laissez le reste pour plus tard.

#1. Les adverbes

Observez le nombre d'adverbes contenus dans votre écrit. Sont-ils nombreux ? Si oui, en supprimant le maximum d'entre eux, vos textes seront plus fluides, plus faciles à lire. Ne gardez que les adverbes indispensables. Au début cela demande un effort. Ensuite, c'est presque un jeu. (...)

#2. Les « que »

Un jour où mon agent d'édition me faisait des compliments sur mon écriture, elle a glissé : « Il y a encore un peu trop de 'que'. » Ce n'était pas tombé dans l'oreille d'un sourd. Dans le langage parlé, les « que » ne choquent pas mais à la lecture, c'est lourd. > Exemples : « Vous avez lu que pour libérer votre charme… » La même phrase sans le « que » : « La manière de libérer son charme consiste à… ». « C'est un travers que vous pouvez repérer » devient « C'est un travers facile à repérer ». Prononcez ces phrases à voix haute. Vous entendrez combien la musique est différente.

#3. Les mots passe-partout

Nous avons tous des mots passe-partout. Ils sont pratiques mais nous en abusons. Cela n'a rien de grave dans un mail mais cela appauvrit le texte. Le verbe « permettre » est un mot passe-partout. C'est pratique quand on décrit l'usage de quelque chose. Sur un site marchand de hi-fi, je lisais le descriptif d'un appareil, toutes les deux lignes le matériel « permet de… ». Ce n'est pas terrible à lire. Une fois que ces abus sont repérés, il est intéressant de limiter leur usage. (....)

#4. Les débuts de message factuels

Nous pensons être clairs en commençant un message par : « Pour faire suite » ou « Comme convenu » ou « Dans le cadre de » ou « Je vais vous répondre point par point », etc. Commencer ainsi réduit l'échange au strict plan du travail. Ce sont les faits, rien que les faits. À la rigueur, nous pouvons agir ainsi quand le présentiel prolongé rééquilibre le relationnel.Par écrit, c'est prendre le risque que la relation se complique au moindre hiatus. Le relationnel est une soupape de sécurité utile quand l'échange grippe.Sauf quand l'échange est immédiat en forme de « chat », un message doit commencer par quelque chose qui établit la relation. C'est le « passe relationnel ». D'une manière conventionnelle, cela peut être « J'espère que tout va bien pour vous » ou « Comment allez-vous ? », etc. (...)

#5. Les débuts de message dévalorisants

(...) La phrase peut être du genre : « Ça fait des semaines que je remets à plus tard le fait de vous écrire. Je n'ai aucune excuse. » Non ! Pourquoi se flageller ainsi ? Souvent, il n'y a même pas lieu de modifier la suite de la phrase. Il suffit de supprimer cette partie. (...)

#6. Les questions interro-négatives

(...) Cette forme (...) satisfait [un] besoin de convaincre. En l'employant, [on] oriente la réponse de son interlocuteur. Par écrit, cette forme met une pression, fût-elle légère, sur le destinataire. Inconsciemment celui-ci en tiendra compte dans sa réponse. Qu'il soit d'accord ou pas, il peut y mettre une forme de stress. Ça peut être l'objet d'un raidissement. À éviter. Exemple : « Ne vaut-il pas mieux utiliser le produit X ? »

#7. Les accords en forme négative

Il y a un côté drôle à entendre ou à lire une personne qui emploie une forme négative pour vous donner son accord. « Est-ce que tu veux bien mettre en route cela ? » Réponse : « Pas de souci. » C'est curieux ! La forme négative a ses variantes comme « Pas de problème » ou « Ça ne me dérange pas ». Il y a des champions hors catégorie de cette forme d'accord. Cette forme évacue la dimension relationnelle. En répondant « C'est d'accord », « Avec plaisir » ou « Volontiers », le lien social persiste et montre davantage votre coopération. (...)

#8. Le conditionnel présent

(...) « Je souhaiterais convenir d'un rendez-vous pour… » Sans le conditionnel cette demande devient : « Je souhaite convenir d'un rendez-vous pour… » (...) Les lecteurs trouveront la formulation sans conditionnel plus claire. Vous demandez quelque chose pour l'obtenir et votre interlocuteur garde la liberté de vous l'accorder ou pas.

#9. Le manque de charme

Commencer sa communication par le prénom, le nom, éventuellement le statut, produit un relationnel plus favorable. Ce n'est pas du charme mais cette petite technique prédispose au charme. (...) Chaque fois que vous mettrez du charme dans votre relation, vous aurez toutes les chances que votre interlocuteur fasse de même. (...)(...) Tout message, aussi insignifiant soit-il, peut être la source d'une « mécommunication » avec ses conséquences associées. Faites-en plutôt un atout relationnel. La règle d'or, c'est de se relire. Dans l'idéal, laissez passer un quart d'heure. Posez-vous les questions : est-ce que j'ai mis le « passe-relationnel » ? Est-ce que ma dernière phrase est du domaine social (bien cordialement, etc.) ? C'est bien sûr l'occasion d'ajuster son orthographe, de vérifier la syntaxe, de corriger ses travers.