La pandémie a clairement accéléré le développement de l'absentéisme au travail, mais le virus n'est pas le seul responsable. Une étude du courtier en assurances Gras Savoye Willis Towers Watson montre sur les cinq premiers mois de 2021 une hausse encore forte de 7 % des absences. « Or il n'y a plus d'arrêts dérogatoires dus au confinement, on est donc sur d'autres raisons », insiste Noémie Marciano, directrice Offre de Conseil Health & Benefits chez le courtier.

Au plus fort de la pandémie, pendant l'année 2020, le phénomène a explosé. Un tiers des salariés (34 %) ont posé au moins un arrêt de travail dans l'année, donnant lieu à des indemnités journalières de la Sécurité sociale. « C'est bien plus que les chiffres des années précédentes, qui tournaient autour de 25 à 28 % », met en exergue Noémie Marciano. L'étude, qui passe au crible depuis 2016 les arrêts de travail dans le même portefeuille de 671 sociétés (et 350.000 salariés), avance que l'absentéisme est passé de 4,18 % en 2019 à 5,04 % en 2020, soit un bond de +20 %.

Arrêts dérogatoires

Malades du Covid, mises en quarantaine obligatoire, burn-out, manque de motivation ou perte de sens... il est difficile d'y voir clair car l'employeur ne connaît pas le motif d'un arrêt maladie. Un effet a néanmoins été massif, celui des arrêts de travail demandés lors du premier confinement de mars à mai 2020 pour gardes d'enfants ou personnes vulnérables. 850.000 de ces arrêts « dérogatoires » ont été enregistrés à la fin mars 2020.

L'an dernier, les non-cadres ont été deux fois plus impactés (+24 % d'absentéisme) que les cadres (+12 %), ce qui peut s'expliquer par la plus grande possibilité pour les seconds de se mettre en télétravail. En revanche, pas de changement pour la durée moyenne d'absence de 54 jours, quasi-stable depuis des années. Les secteurs les plus touchés, la santé (+26 %), le transport et la logistique (+32 %), qui sont traditionnellement les plus concernés par le phénomène, sont aussi ceux qui ont été très sollicités pendant la crise. Le secteur des hôtels cafés-restaurants est le seul en baisse (-3,4 %), marqué par les fermetures obligatoires. Au niveau géographique, les mauvais élèves sont les régions du Grand Est (+25 %) et des Hauts-de-France (+22 %).

Les patrons qui acceptent d'en parler révèlent une réalité certes palpable mais difficile à expliquer précisément. « Depuis un an et demi, les arrêts sont à la fois plus fréquents et plus longs mais c'est trop tôt pour en tirer des conclusions », relate Bénédicte Maine, DRH chez Semardel, spécialisé dans la collecte et le traitement des déchets. Chez Sygmatel, on constate davantage de turn-over car « certains postes ont été mis à rude épreuve, comme la comptabilité, les RH. A la compta, sur les 18 derniers mois, 50 % des postes ont changé », glisse Olivier de la Chevasnerie, son président. Ces entreprises cherchent toutes à renforcer la qualité de vie au travail.

Le transporteur Heppner a lui aussi connu « une hausse de l'absentéisme en 2020, à 6,9 % contre 5,1 % en 2019 » selon Emmanuel Ledroit, son DRH. Bien qu'en baisse pour ces premiers mois de 2021, le taux reste à 5,7 %, au-dessus du chiffre habituel. L'entreprise met l'accent sur les formations à la sécurité, fait venir des ostéopathes dans ses agences et renforce la communication interne.

La question du coût

Le phénomène de l'absentéisme est loin d'être nouveau. Depuis 2016, début de l'étude de Gras Savoye, il augmente de 4 % par an. « C'est un sujet de préoccupation depuis plusieurs années déjà, mais le Covid l'a accentué car il a amené chacun à s'interroger sur le sens du travail et a fait ressortir les dysfonctionnements de certaines entreprises », pointe Catherine Pinchaut, secrétaire nationale de la CFDT chargée des questions liés au travail. « Peu d'entreprises analysent les motifs réels car cela suppose de prendre les problèmes à bras-le-corps, de remettre en cause le management », tacle Aurélien Herquel, fondateur du cabinet de conseil Hu-Man.

L'équation financière pourrait changer la donne. Selon Gras Savoye, pour une entreprise de 1.000 salariés payés en moyenne 30.000 euros par an, qui enregistre un taux d'absentéisme de 5 %, le coût oscille entre 1,5 à 3 millions par an.