Ils sont les premiers remparts entre le Covid-19 et les salariés pour lesquels le télétravail est impossible. Les agents de nettoyage poursuivent leur ronde dans les entreprises et services encore en activité, et ils sont de plus en plus visibles.

« La demande de certains de nos clients est très claire : montrez vos opérateurs pour rassurer les collaborateurs encore présents », explique la porte-parole du groupe Onet, Magalie Bousquet, dont la France a entrevu les agents, en combinaison, masque et lunettes, nettoyer le centre de vacances de Carry-le-Rouet qui a accueilli mi-février les premiers rapatriés de Wuhan.

Apaiser à tout prix. Dans les entreprises qui ne peuvent pas se passer de personnel physique ou dans les lieux qui accueillent encore du public comme les transports en commun, le mot d'ordre est à l'apaisement. « L'impact psychologique exercé par nos opérateurs est énorme », poursuit-on chez le leader du secteur. La SNCF en a la certitude : ses équipes de communication ont demandé au groupe l'autorisation de filmer ses agents de propreté dans les rames depuis le renforcement des procédures de nettoyage. La vidéo a été diffusée sur le fil interne auprès de 20.000 salariés.

La mise en lumière des « opérateurs de l'ombre » n'a pas plus échappé au groupe GSF, numéro 4 tricolore. La demande de prestations renforcées explose, affirme sa direction. Beaucoup des 10.000 sites qu'il gère en France ont fermé. Du coup, des techniciens de surface ont été transférés là où les besoins l'exigent pour renforcer les équipes en place : dans les hôpitaux, les aéroports encore ouverts, les transports en commun, les industries agroalimentaires ou les producteurs textiles mobilisés pour la production massive de masques. « Le siège d'une grande entreprise lyonnaise a fermé et les effectifs que nous y avions ont partiellement migré vers les Hospices Civils de Lyon où nous avons accru nos fréquences d'intervention », poursuit le porte-parole. Et toutes les surfaces de contacts sont désinfectées : sols, plan de travail, interrupteurs, poignées de porte, rambardes...

Anticiper les achats

Cette situation pose un problème paradoxal : avec le confinement, il y a moins de sites à couvrir, mais autant si ce n'est plus à nettoyer et désinfecter. Marie Calautti dirige les achats chez GSF et elle a bien du mal à approvisionner les services. « C'est un combat quotidien », explique-t-elle. Avec 150 fournisseurs, le groupe dispose pourtant d'un catalogue important pour se ravitailler en masques, combinaisons, blouses, gants, savons, désinfectants, bandeaux de lavage, lingettes et autres gels hydroalcooliques. La directrice s'est assurée que chacun d'eux disposait bien d'un plan de continuité d'activité. Mais ça ne suffit pas toujours tant la demande est importante. Alors son équipe traque chaque jour les stocks disponibles en Europe et place partout des options de quelques heures.

Charge ensuite à chacun des 124 établissements du groupe de confirmer leur commande en fonction de leurs propres besoins. Le poste est stratégique : GSF consacre 90 millions d'euros de chiffre d'affaires à ses achats de consommables, environ 10 % de son chiffre d'affaires. « C'est essentiel pour rassurer nos propres équipes », insiste Laurent Prulière, son directeur de la recherche. Beaucoup s'inquiètent de devoir aller au front. Pour les rassurer, l'entreprise organise des « causeries » quotidiennes où se partagent conseils, bonnes pratiques, et gestes utiles. Le groupe Onet a poussé le principe en partageant gratuitement les mesures qu'il s'est appliqué en interne avec ses 20.000 clients.