Malgré les craintes de contamination, le marché du vrac alimentaire s'emballe. Après une baisse liée au contexte sanitaire lors du premier confinement, l'intérêt des consommateurs pour ce mode de distribution plus respectueux de l'environnement est repartie à la hausse : dès juillet dernier, le cabinet Nielsen avait observé que 7 acheteurs de vrac sur 10 étaient déjà revenus dans les rayons. Depuis, la tendance s'est confirmée et pourrait connaître encore un sérieux rebond avec le projet de loi Climat et Résilience, présenté mi-février au Conseil des ministres.

Pour réduire les emballages plastiques, le texte prévoit que tout commerce de plus de 400 mètres carrés devra consacrer 20 % de sa surface de vente au vrac d'ici à 2030. Aucune conséquence pour les épiceries de quartier, mais dans un hypermarché moyen, ce sont 1.000 mètres carrés qui pourraient être consacrés à ce mode de distribution, même si le Conseil d'Etat a émis des réserves sur la question.

Sur le papier, cette incitation réglementaire devrait fortement doper le marché. Célia Rennesson, directrice de l'association interprofessionnelle Réseau Vrac, s'attend à un triplement du chiffre d'affaires de la filière en 2022. Le marché pèse aujourd'hui 1,3 milliard d'euros alors qu'il dépassait à peine 100 millions en 2013. Même ralentie par la crise et le mauvais procès fait à l'hygiène du vrac (les produits ne sont jamais manipulés), sa croissance s'est établie l'an passé à 8 % après une hausse de 40 % entre 2018 et 2019. Le nombre de magasins équipés de silos de distribution en libre-service a bondi de 60 % pour dépasser 400. Leur part de ventes ne représente que 1 % de l'alimentaire, « mais le marché se démocratise », observe Marine Dorne, chargée d'études à Territoire et Marketing.

Le vrac est désormais partout : dans les grandes surfaces, dont 80 % en proposent (elles représentent 50 % de l'offre sans emballage), dans les enseignes bio (45 %) et désormais dans les épiceries 100 % vrac. Et même les grandes marques s'y mettent, comme Babybel qui a conçu un meuble réfrigéré pour permettre aux consommateurs de se servir à l'unité.

6 % moins cher en moyenne

Un leader est né de cette tendance : le réseau d'épiceries Day by Day. Créé en 2013, il est désormais présent dans tout le pays avec 72 boutiques en coeur de ville. On y trouve de tout : pâtes, riz, légumes et fruits secs, céréales, confiseries, thé, café, biscuits, vin, sirop, produits d'hygiène, droguerie et même nourriture pour animaux de compagnie... Au total, pas moins de 750 références vendues sans emballage. A Rennes, l'enseigne a poussé le concept en ouvrant il y a quelques mois un Grand Marché Vrac complétant son offre avec des rayons fruits et légumes, crémerie et boucherie.

Si ce mode de consommation séduit de plus en plus, ce n'est pas seulement pour ses vertus écologiques. Une majorité de Français (54 %) apprécient de pouvoir acheter la quantité qui leur est nécessaire et d'éliminer les emballages, mais 15 % le considèrent aussi comme moins cher. Une perception à relativiser : l'UFC-Que Choisir a mené l'enquête dans 11 points de vente. Globalement, le prix des produits sans emballages est en effet 6 % inférieur à leur équivalent sous plastique. Mais les disparités sont importantes : - 21 % pour les fruits secs, - 18 % pour les légumineuses, mais 5 % de plus pour les pâtes et le riz et jusqu'à +9 % pour les céréales de petit-déjeuner.