Trouver de l'argent, et vite. Une préoccupation légitime pour un porteur de projet ! Mais avant de lancer la course aux financements, il est indispensable de se poser ces questions préalables : de l'argent, oui, mais combien ? et pour quoi faire ?

Estimer son besoin en financement est intimement lié à la stratégie de l'entreprise. Un manque de réflexion peut mettre la start-up en danger. « C'est un travail souvent mal fait par les entrepreneurs. Certains veulent faire avec les moyens du bord, d'autres lever un million sans réellement penser à ce qu'ils vont en faire », a pu constater Alexandre Chopin, expert-comptable associé TGS France.

Minimum de connaissances comptables

La Maison Felger a failli le payer. Cette start-up spécialisée dans la fabrication de chaussures haut de gamme sur mesure est passée très près de fermer boutique. En 2017, les porteurs de projet, Maria et Cyril Karunagaran, ont esquissé une roadmap financière sur cinq ans avec un budget initial de 100.000 euros, dont un matelas de précaution de 10.000 euros. « Nous avons défini cette somme euros en fonction de notre stratégie de pénétration du marché haut de gamme. Il nous fallait une boutique, un scanner, des prototypes, des contacts clients... », détaille Maria Karunagaran. C'était sans compter les coups du sort.

D'abord, un fabricant de chaussures intraitable qui réclame des paiements comptant, puis, surtout, la crise sanitaire qui contraint à baisser le rideau en novembre 2020. « En fait, nous aurions dû prévoir 40.000 à 50.000 euros de plus, constate Cyril Karunagaran. Nous avons eu la chance d'avoir un réseau bienveillant qui nous a soutenu par du love money. »

Comment évaluer au plus juste son besoin en financement ? « Premier point, se connaître soi-même : Ai-je envie de devenir une licorne ou une entreprise locale ? », recommande Adrien Chatiel, fondateur d'Eldorado, une plateforme de mise en relation entre entrepreneurs et investisseurs, et auteur de l'ouvrage « Obtenez les meilleurs financements pour votre projet » (Ed. Vuibert).

Tout dépend donc des ambitions de la start-up. « On peut se faire aider par un expert-comptable mais il ne doit pas tout faire. La stratégie d'entreprise ne se délègue pas. » En tout état de cause, il est essentiel d'acquérir un minimum de connaissances en comptabilité. Ainsi selon Adrien Chatiel, le porteur de projet doit savoir maitriser les bases d'un plan de trésorerie pour faire interagir les chiffres dans un tableau Excel.

12 mois de fonds de roulement

Alexandre Chopin épaule les entrepreneurs dans l'établissement de leur prévisionnel. Il préconise une réflexion en trois étapes. D'abord, les besoins en financement pour la conception du produit, notamment la R&D. Ensuite, les investissements en marketing et en communication pour le lancement sur le marché. Enfin, l'élaboration de la stratégie RH sur trois ans pour accompagner la croissance. « De cette réflexion découlent les charges fixes de l'entreprise, comme les loyers des bureaux, souligne l'expert-comptable. Il faut construire le prévisionnel selon une stratégie de coûts, et non de chiffre d'affaires, en relatant une vision. »

Et le fameux matelas de précaution ? « Il se calcule sur la base des coûts à venir en fonction du chiffre d'affaires espéré, recommande Alexandre Chopin. On peut plus ou moins lisser les dépenses dans le temps en adoptant une stratégie progressive ou agressive. De manière générale, il faut prévoir 12 mois de fonds de roulement ».

Et pour alimenter sa trésorerie sans s'endetter, de nombreuses sources de financement existent : le crowdfunding, les prêts d'honneur, les aides publiques à la création et à l'innovation... En 2017, Benjamin Cohen, cofondateur de la marque de brosse à dents Y-Brush, a bénéficié du coup de pouce financier de la Bourse French Tech. Sa start-up Fasteesh a également collecté du Love Money et des récompenses : concours Lyon Start-up, Inpi, Start Up et Handicap...

Cette première cagnotte lui a ensuite permis de se tourner vers des investisseurs individuels. « C'est complexe. Il est important de bien cadencer les demandes de financement en fonction du type de dépenses et du stade de développement de l'entreprise », note le fondateur de Fasteesh, qui a depuis réalisé plusieurs levées de fonds.

Comment établir un bon calendrier ? « Il faut voir comment les autres entreprises au business un peu similaire se sont financées, et s'appuyer sur les réseaux d'entrepreneurs pour échanger entre pairs », conclut Adrien Chatiel.