"Ces résultats (...) sont particulièrement encourageants et représentent une première à plusieurs titres", se félicite auprès de l'AFP Andrea Pfeifer, patronne de la startup AC Immune qui développe, de concert avec une filiale du géant pharmaceutique suisse Roche, un traitement contre la maladie d'Alzheimer.

Les deux groupes sont en train d'en évaluer l'efficacité et ont annoncé fin août de premiers résultats favorables, qui doivent toutefois encore être publiés en détail et relus de façon indépendante.

Si l'annonce est intéressante, c'est que cette molécule - le semorinemab - suit une piste encore peu explorée par la recherche d'un traitement anti-Alzheimer, un domaine où les échecs se multiplient depuis une vingtaine d'années.

Celle-ci s'est, en effet, concentrée sur la destruction de plaques formées par certaines protéines, dites béta-amyloïdes, dans le cerveau des patients. En comprimant les neurones, elles sont l'un des deux grands facteurs de la maladie d'Alzheimer.

Mais cette piste a donné peu de résultats, à l'exception d'un traitement de Biogen autorisé cette année par les autorités sanitaires américaines, sans pour autant faire l'unanimité sur son intérêt thérapeutique.

Depuis plusieurs années, des laboratoires cherchent donc plutôt à agir sur le second facteur qui caractérise les maladies d'Alzheimer: le comportement anormal d'une autre catégorie de protéines, dite Tau, qui sont présentes dans les neurones. Chez les malades, elles s'agrègent en amas qui finissent par aboutir à la mort de la cellule.

C'est dans cette direction que sont allés AC Immune et Roche. Il s'agit d'un anticorps de synthèse qui doit reconnaître ces amas pour les détruire.

- Pas de traitement miracle -

Ce traitement a été donné pendant près d'un an à des patients à un stade relativement avancé de la maladie d'Alzheimer. Au final, selon les deux groupes, le déclin de leurs capacités cognitives - évalué à partir de tests standardisés - était presque moitié moindre que chez ceux ayant reçu un placebo.

C'est la première fois qu'un tel résultat positif est annoncé pour un projet de traitement ciblant Tau, après une série d'échecs dont, cette année, un autre projet de Biogen. 

Pour autant, "je resterais quand même très prudent: il y a clairement un côté marketing, des effets d'annonce (même s'il) peut vraiment y avoir quelque chose", nuance auprès de l'AFP le neurobiologiste Luc Buée, spécialiste des maladies liées à Tau.

En premier lieu, il ne s'agit que d'un essai précoce, dit de phase 2, auprès d'un nombre limité de patient. Pour confirmer l'effet du traitement, il faudra entrer dans la phase suivante, potentiellement avec des milliers de personnes testées.

Se disant "chat échaudé", M. Buée rappelle que nombre de projets suivant la piste des béta-amyloïdes avaient donné de bons résultats en phase 2, avant de se révéler décevants à l'étape suivante.

Surtout, les résultats du semorinemab restent contrastés. Les tests cognitifs sont bien meilleurs chez les patients l'ayant reçu, mais il n'y a aucune différence en ce qui concerne leur comportement dans la vraie vie, ce que l'on appelle le déclin fonctionnel.

Autrement dit, "c'est prometteur et franchement c'est positif, mais ça ne soigne pas encore", souligne auprès de l'AFP la neurobiologiste Florence Clavaguera.

Comment expliquer cet écart de résultat ? Mme Clavaguera, comme d'ailleurs AC Immune, avance une hypothèse: le déclin fonctionnel met plus de temps à se faire sentir et il y aura peut-être une différence dans plusieurs mois, les essais du traitement continuant à suivre leurs cours.

Mais rien ne permet actuellement d'en être sûr. Et, quand bien même le semorinemab confirmerait son intérêt, il est certainement illusoire d'espérer qu'un seul traitement miracle apparaisse pour guérir la maladie d'Alzheimer.

"Il faudra à terme combiner les deux approches, un traitement anti-Tau et un traitement anti-beta(amyloïde)", prévient Mme Clavaguera. "Dans tous les cas de maladies d'Alzheimer, il y a les deux protéines qui sont pathologiques."