La crise sanitaire a accéléré plusieurs transformations déjà à l'oeuvre dans les modes de travail : télétravail, flex office, hybridation… Le nombre de services proposés en entreprise a, de fait, explosé. De la réservation de salles de réunion aux bornes de recharge électrique ou, encore, à l'organisation d'afterworks, tout passe désormais par le smartphone ou l'ordinateur du collaborateur. Une véritable mine de besoins structurels et humains à satisfaire, avec à la clé de nouveaux projets entrepreneuriaux à lancer !« L'enjeu est moins de proposer de nouvelles prestations que de les rassembler en un seul endroit », analyse Eliane Lugassy, créatrice et CEO deWitco, start-up qui propose, depuis 2016, un portail unique pour chaque entreprise rassemblant l'ensemble des services disponibles, afin de faciliter l'autonomie des collaborateurs. « Dans ce secteur, il faut être agile. Nous avons conçu notre application comme un jeu de Lego, avec différentes briques à activer en fonction des besoins. »

Besoin de services dans l''immobilier

Les entreprises exigent aussi plus de souplesse dans la gestion de leurs espaces physiques. « L'immobilier de bureau ne connaît pas une crise conjoncturelle, mais structurelle. La logique des baux 3-6-9 disparaît, car les entreprises configurent leurs locaux en fonction des besoins et de leur développement », affirme Jean-Marc Vauguier, CEO de Z#bre. Sa solution de middleware, lancée il y a dix ans, fait la jonction entre les applications des entreprises et l'infrastructure technique des bâtiments, grâce à des capteurs de présence.« Pour réserver une salle de réunion, il faut avoir accès aux données de l'immeuble en temps réel, pour les faire remonter dans l'application du collaborateur. Idem pour les sociétés d'entretien des espaces, qui doivent savoir quels salles et bureaux ont été occupés pour les nettoyer. » Pour les entreprises, les données précises de la fréquentation de leurs espaces sont également importantes pour adapter leur surface de bureaux en conséquence.Ce type de services peut s'adresser à la direction de l'environnement de travail ou à la direction des systèmes d'information des entreprises, ou encore à leurs prestataires. « Nous n'en sommes qu'au début, les responsabilités ne sont pas encore clairement partagées », estime Jean-Marc Vaugier.Les opportunités sont donc nombreuses. « L'immobilier de bureau est l'un des rares secteurs qui n'avait pas été traversé par le numérique. Jusqu'à présent, la partie gestion technique du bâtiment était un monde à part, peu connecté aux usages des utilisateurs. On a une bonne dizaine d'années devant nous pour innover et faire bouger les lignes. »

Réinventer le management

Les opportunités sont d'autant plus nombreuses que la qualité du traitement des données progresse vite. « Demain, on récupérera des data comme on récupère aujourd'hui l'électricité dans une prise », avance encore le dirigeant de Z#bre. L'introduction de l'intelligence artificielle va permettre d'aller beaucoup plus loin, surtout en ce qui concerne les prédictions et les recommandations.Il sera possible, par exemple, de prévoir l'impact d'une réduction ou d'une augmentation des espaces de travail pour la direction financière d'une société. L'affinement de la collecte de données offre déjà la possibilité de calculer l'empreinte carbone des salariés. Woby, start-up fondée en 2018 et spécialisée dans la gestion du flex office et du télétravail, s'apprête à proposer ce service à ses utilisateurs.Mais beaucoup d'axes sont encore à creuser selon Thibault Paternoster, le fondateur de Woby, comme celui de la sociabilisation au bureau, pour encourager le bien-être des salariés sur le lieu de travail. La question de la culture d'entreprise est fondamentale : « Il faut intégrer le management à toutes les réflexions sur le passage en flex office et le télétravail. »Il existe aujourd'hui un réel besoin d'accompagnement des entreprises sur ce sujet, et les solutions manquent. « La question de la gestion des espaces et des services des entreprises n'est pas un enjeu majeur, car elle ne va pas régler les problèmes de fond que nous connaissons, en France, quant à la qualité du management et la confiance dans le travail », tempère Salima Benhamou, économiste du travail auprès de France Stratégie. Pour elle, la priorité consiste à promouvoir l'autonomie et les capacités d'apprentissage des salariés sur le lieu de travail. Et là, tout reste encore à faire !