Comment les PME et TPE françaises ont-elles encaissé le choc de la crise économique liée au coronavirus ? Dans un exercice inédit, le Conseil d'analyse économique (CAE), un centre de réflexion rattaché à Matignon, a passé au peigne fin les comptes bancaires en août 2021 de quelque 100.000 TPE, PME et entreprises individuelles du Crédit Mutuel Alliance Fédérale afin de brosser un état des lieux.

Son étude, publiée ce mercredi, conclut sur une note rassurante pour l'exécutif. Le risque d'une vague de défaillances est très limité à court terme. Dix-sept mois après le début de la pandémie, le tableau est en effet encourageant. Grâce aux prêts garantis par l'Etat (PGE), les PME et TPE scrutées par le CAE disposent d'une trésorerie plus abondante qu'avant la crise. Celles en situation de trésorerie « fragile » sont en revanche beaucoup moins nombreuses. Et ce constat vaut pour la quasi-totalité des secteurs.

Les hôtels et les restaurants s'en sortent bien

Par ailleurs, la situation financière nette des sociétés étudiées s'est, elle aussi, améliorée. Une tendance confortée depuis le début de l'année, avec l'envolée des taux de marge au premier semestre.

L'épidémie de Covid a toutefois créé de fortes disparités entre secteurs, entre entreprises. Avec à la clé, plusieurs surprises. La première est que les TPE ont moins souffert que les PME. Ces dernières ont eu un accès plus tardif au fonds de solidarité. Ce qui peut expliquer la différence.

Autre fait saillant : ce sont les TPE frappées par les restrictions les plus dures ou les fermetures administratives (restaurants, bars, hôtels, agences de voyages, salles de sport, arts et spectacles...) et installées hors d'Ile-de-France, qui s'en sortent le mieux sur le plan financier. « Dans l'hôtellerie et la restauration, le nombre de sociétés en bonne santé est en forte hausse », souligne Etienne Fize, coauteur.

« Surcompensation »

Cette situation laisse supposer une « surcompensation » par les aides de l'Etat (PGE, fonds de solidarité, chômage partiel) des pertes d'activité subies. Sur le plan géographique, les écarts se sont cependant creusés : pénalisée par l'absence de touristes internationaux, l'Ile-de-France a subi plus violemment le choc économique du Covid que le reste du pays.

Pour Philippe Martin, président délégué du CAE et l'un des sept signataires du rapport, le bilan est positif. Selon lui, les PGE ont atteint leurs cibles et ont protégé des entreprises, déjà fragiles avant la pandémie et qui en avaient donc besoin. « De leur côté, les entreprises ont bien anticipé la montée des problèmes liés à la pandémie », observe-t-il. Les PME et TPE qui ont demandé un PGE (35 % de l'échantillon) ont peu ou prou utilisé la moitié du montant pour « couvrir une dépense ou des pertes ». Cela n'a pas empêché leur situation financière de se dégrader fortement pendant la crise.

Difficulté à rembourser les PGE

La difficulté à rembourser ces emprunts est le risque majeur pointé par le rapport. « En août 2021, 15 % à 25 % des entreprises ayant souscrit un PGE seraient dans l'incapacité de rembourser une annuité correspondant à 20 % du montant de ce prêt », avertissent les économistes du CAE.

Dans le secteur de la construction - 8 % du PIB français -, traditionnellement fragile et aujourd'hui touché par les pénuries de main-d'oeuvre et la flambée des prix des matières premières, plus de 16 % des PME et TPE seraient à la peine pour faire face à leur première échéance.

Mais l'industrie manufacturière, le secteur de l'information-communication ou l'hébergement restauration en Ile-de-France sont eux aussi exposés à des problèmes.

Malgré la reprise économique, la vigilance s'impose donc. « Le retrait des aides dans ces secteurs doit se faire avec prudence », insistent les rapporteurs. Il n'empêche. « Un rebond des défaillances d'entreprise par effet de rattrapage est inévitable », reconnaît Philippe Martin. « Mais il faut qu'il soit le plus graduel possible. »

Le remboursement de la première annuité des PGE n'est toutefois pas prévu avant le printemps 2022. Un dossier qui pourrait dès lors s'inviter lors de la campagne de la prochaine élection présidentielle.