En pleine tension sur le marché des matières premières, l'offre est alléchante : alors que deux fournisseurs ont récemment annoncé ne pas avoir les matériaux nécessaires, un troisième, nouvel entrant sur ce marché difficile, en dispose. A un prix presque attractif compte tenu du contexte. De l'autre côté, les commerciaux font pression : la relance est là, il faut produire à hauteur des attentes. Bref, le contrat est signé dans l'urgence... avec à la clé un acompte de 30 %. Sauf que les matériaux attendus n'arriveront jamais : ce n'était rien d'autre qu'une arnaque, comme il y en a beaucoup actuellement.

« Les tentatives de fraude se multiplient en ce moment. Tous nos indicateurs de risque en la matière sont à la hausse. La crise a généré de nouveaux usages criminels : certains se sont rapidement organisés pour profiter, notamment, des aides à la création d'entreprise ou des remboursements de salaires mis en place par l'Etat. Par ailleurs, le télétravail né du contexte 'Covid' a dilué les processus de vérification et multiplié les décisions individuelles, sans double contrôle. Enfin, la reprise elle aussi génère de nouveaux risques et les PME sont les premières à en pâtir... », explique Laurent Luce, expert « compliance » chez Altares, qui a récemment travaillé sur sept indicateurs susceptibles d'alerter les entreprises d'un risque de fraude au paiement, de non-conformité ou de corruption.

Des éléments qualitatifs « mis bout à bout »

« Nous avons constaté que, s'ils ne sont pas révélateurs de façon isolée, certains éléments mis bout à bout peuvent s'avérer inquiétants et devraient conduire à des analyses plus poussées. Si on agrège ces signes, et qu'ils se reproduisent souvent, ils révèlent un risque que les entreprises doivent identifier, pour se protéger contre une tentative de fraude à leur égard, ou parce qu'elles pourraient encourir des sanctions graves en s'associant à ce type de structures ». Parmi ces signaux d'alerte ? Des changements d'adresses répétés ou des locaux partagés avec d'autres entreprises. « Beaucoup d'entreprises déménagent chaque année. Mais, en recoupant cet événement avec les autres indicateurs, cela fait partie des pratiques caractéristiques des criminels », souligne Altares.

Tonalité

Autre point à regarder attentivement, les dirigeants : ont-ils été fréquemment liés à des entités en faillite ou changent-ils trop souvent ? La valse des dirigeants n'est pas rassurante, en particulier si certains étaient résidents dans un pays considéré comme à risque. Sans oublier que, « à l'arrivée d'un nouveau responsable, il y a souvent une période de latence qui peut générer des retards de paiement », complète Laurent Luce. L'analyse comptable peut aussi s'avérer révélatrice : capital trop faible, surperformance par rapport à la concurrence, ou éléments de bilan hors-norme. « Qu'ils portent sur le capital, les matériels amortis, ou les biens propres, les écarts identifiés sur des postes du bilan, peuvent mettre en exergue une activité criminelle », indique Altares.

Autant d'éléments qualitatifs qui, rappelons-le, ne doivent pas être regardés individuellement. Mais qui, pris collectivement, peuvent donner une tonalité sur les contreparties de l'entreprise et doivent compléter les indicateurs quantitatifs classiques que sont les retards de paiement, scores de défaillance, etc.