La révolution de l'intelligence artificielle (IA), le secteur de la traduction l'a connue avant les autres. La gestion de contenus multilingues représente des milliards et des milliards de téraoctets (To) de données que l'IA aide à collecter et à analyser. Un marché de plus de 50 milliards d'euros.

Créée en 1998, la PME Powerling est l'un des leaders mondiaux dans la gestion de contenus multilingues. Pierrick Mathieu, co-fondateur et CEO de l'entreprise, nous raconte comment il partage cette culture avec ses équipes et ses clients pour les aider à décupler leurs capacités.

Comment utilisez-vous l'IA au sein de Powerling ?

Dans notre métier de la gestion de contenus multilingues, nous utilisons des outils intégrant l'intelligence artificielle depuis une bonne dizaine d'années. Il s'agit de la traduction automatique, de la reconnaissance vocale, de la collecte, de l'anonymisation et de l'analyse de données. 

L'IA permet d'accélérer la production de contenus et de renforcer la capacité à gérer des contenus à grande échelle. Elle rend plus agile et permet de se mettre des défis par rapport à ses propres acquis, de se remettre en question. 

Toutes les entreprises peuvent-elles utiliser l'IA pour gérer des contenus et mieux se faire connaître ? 

Tout le monde utilise des moteurs génératifs, type Chat GPT. Compte tenu de la puissance de l'outil, les entreprises peuvent avoir l'impression qu'elles peuvent gérer seules beaucoup de contenus. On peut en effet avoir tendance à croire que l'intelligence artificielle fait tout et qu'il suffit d'avoir un collaborateur pour gérer l'IA. Non, il faut savoir l'utiliser, il faut sélectionner le bon outil. L'IA est aussi à vérifier, elle est à contextualiser dans un contexte particulier d'affaires.

On va créer beaucoup de contenus, et de plus en plus avec l'IA. Mais il faudra savoir quoi faire de ce contenu. Il faut contrôler la qualité de cette matière. Donc l'intelligence artificielle est formidable mais avec l'humain, c'est encore mieux. 

Quelles sont les précautions à prendre quand on utilise l'intelligence artificielle pour gérer des contenus ?

L'IA monte en puissance et les outils ont énormément progressé. Mais attention à l'inflation du prix des outils. Cela peut être une charge importante pour les TPE-PME. Je pense qu'il vaut mieux se concentrer sur son cœur de métier et faire appel à des prestataires qui savent faire et peuvent réaliser les investissements nécessaires.

Comment avez-vous fait évoluer votre stratégie grâce à l'IA ? 

Nous aidons des sociétés de dimension moindre à accélérer leur internationalisation. L'IA nous permet de proposer la gestion des contenus multilingues à des entreprises plus petites ou des entreprises de taille intermédiaires (ETI), à des tarifs plus compétitifs. L'intelligence artificielle permet aussi de réduire les budgets pour les grands groupes.

En limitant le coût de la gestion des contenus multilingues, de la traduction et de la création de contenu, nos nouvelles offres permettent aux petites et moyennes entreprises de partir à la conquête d'un marché mondial et d'élargir leur champ d'action. 

Aujourd'hui, les budgets de gestion de contenus sont tellement abordables que les entreprises ont désormais les armes qui étaient celles des grandes entreprises auparavant.

Je prendrais l'exemple d'un distributeur spécialisé, qui n'avait pas les moyens il y a 2-3 ans, de publier beaucoup de contenus en une cinquantaine de langues, dans le monde entier. Aujourd'hui, ce retailler, grâce à nous, à budget presque constant, a augmenté de 20 à 30 % ses ventes grâce à ses contenus. On sait bien que quand un produit est bien décrit, quand on raconte une belle histoire, quand on la place dans son contexte, dans la langue des utilisateurs, en localisant, les ventes progressent. 

Quels modèles d'IA utilisez-vous ?

Nous créons des LLM (Large Language Model) sur mesure pour nos clients à partir de technologies open source. En matière de data (les données), la sécurité et la protection des informations sont cruciales. Il vaut mieux travailler sur des IA fermées, si possible. Le meilleur outil pour nous est celui que nous avons testé, qui fonctionne et qui nous laisse le plus de liberté.

Comment vous organisez-vous pour utiliser l'IA aujourd'hui ? 

La technologie est présente, la question réside dans la manière de l'appliquer dans les différents métiers. Le champ des possibles est très important, à tous les niveaux. Les outils métiers sont déjà plus performants grâce à l'IA. Un commercial va chercher de l'information sur son client via son CRM. Est-ce que c'est à nous de l'intégrer ou au fournisseur de l'outil CRM d'apporter cette solution ? C'est là qu'il risque d'y avoir une inflation dans les coûts de l'IA pour les entreprises. 

Autre exemple, celui de l'ERP (Enterprise Ressources Planner, outil de planification des ressources de l'entreprise). La gestion du workflow, la gestion des commandes, les échanges entre différents fournisseurs vont-ils, demain, être pris en charge par l'IA ? Est-ce que l'entreprise va intégrer de l'IA via une API (interface de programmation d'application), c'est-à-dire un canal entre l'entreprise et l'IA que l'entreprise alimente avec sa propre problématique ?

Nous avons la chance, chez Powerling, d'avoir des ingénieurs en interne qui connaissent les outils. Utiliser l'IA au quotidien, c'est une question d'état d'esprit. En ce qui nous concerne, nous optimisons notre workflow et notre supply chain, donc notre production, grâce à l'IA. Il faut avoir une démarche d'IA, qui est une démarche intellectuelle pour utiliser l'outil, comme la robotisation.

Comment formez-vous les équipes de Powerling à l'IA ?

Nos collaborateurs ont largement la capacité d'utiliser l'IA, j'en suis persuadé à 120 %. Le principal défi c'est de faire progresser les équipes en leur permettant d'utiliser les outils. Nos ingénieurs, notamment, organisent des webinaires dédiés à l'utilisation de l'IA à des fins de productivité.

Nous anticipons les formations pour faire monter en compétences les personnes qui sont aujourd'hui en charge de la gestion de projet et qui occupent des fonctions support et administratives d'une manière générale. L'IA permet de les décharger des tâches les plus répétitives et de les aider à apporter de la valeur ajoutée dans un esprit de conseil et d'expertise, dans un esprit de décision. 

Quelles évolutions anticipez-vous en matière d'IA ?

Il ne s'agit pas de remplacer les collaborateurs par de l'intelligence artificielle. Je pense que ce serait une erreur : fondamentalement la relation client, le côté imperceptible d'une entreprise, toutes les petites antennes que les collaborateurs ont parce qu'ils sentent le marché, ils sentent les gens, ils sentent les clients, ils sentent les fournisseurs, toute cette dimension humaine, c'est quelque chose qu'il ne faut pas perdre. Il ne faut pas qu'une entreprise perde son humanité.

C'est un peu comme une entreprise sans usine. Au final, je ne crois pas que le modèle ait été un grand succès. Mais la robotisation existe bel et bien. Nous ne sommes plus dans les usines du début du siècle dernier. Je pense que nous allons vers des entreprises humainement augmentées. Il faut donc que les équipes soient formées et accompagnées pour évoluer dans leurs fonctions en progressant dans leur utilisation de l'IA. Et nous devons recruter des collaborateurs à forte expertise.

Aujourd'hui, je crois que le changement est largement sous-estimé au sein des entreprises. Nombre de gens encore ne se rendent pas compte que l'IA est extrêmement révolutionnaire et va faire des tâches bien mieux que nous. Ce changement, même avec l'appui de prestataires extérieurs, même en prenant conseil, doit être mené en interne. Il doit être partagé et il doit être challengé. C'est le moyen d'être en pilotage et non pas en surmenage.

 

 
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