L'auteur de "John l'Enfer", prix Goncourt en 1977, a été élu au premier tour, au cours d'un scrutin à bulletins secrets, par cinq voix contre trois à Françoise Chandernagor.

"Je n'ai pas du tout l'intention d'être un président révolutionnaire, autoritaire, dictatorial... Moi, ce qui m'intéresse c'est qu'il y ait une bonne entente dans notre groupe", a prévenu d'emblée le nouveau président âgé de 74 ans.

Ce souci de cohésion s'explique aisément.

Alors que les successeurs de François Nourissier puis de Edmonde Charles-Roux avaient été choisis par acclamation, les jurés du Goncourt ont choisi cette fois de procéder à un vote à bulletin secret pour départager les deux candidats à la succession de Bernard Pivot. 

Le scrutin a été sans appel et forcément douloureux pour Françoise Chandernagor, vice-présidente en titre de l'académie, qui a quitté le restaurant Drouant sans un mot, accompagnée par Patrick Rambaud.

Après le départ de Bernard Pivot et celui, inattendu, de Virginie Despentes, l'académie Goncourt compte actuellement huit jurés "mais très vite, on va être dix", a promis Didier Decoin. "Il faut que tout ça marche bien, qu'on s'aime, qu'on travaille ensemble et qu'on ait la même ambition", a-t-il insisté en faisant remarquer qu'on sent parfois au sein de l'académie "une petite ligne de fracture qui pourrait se dessiner". "Et il ne le faut pas!", a-t-il affirmé.

"On doit former une équipe non seulement soudée mais heureuse d'être ensemble. Il faut qu'on fasse bloc", a encore souligné le fils du cinéaste Henri Decoin.

- Rendez-vous le 11 février -

L'académie fera connaître le 11 février le nom des deux nouveaux membres du jury qui chaque automne décerne le plus prestigieux des prix littéraires du monde francophone.

S'il est trop tôt pour se hasarder au jeu des pronostics, Didier Decoin a laissé entendre qu'il pourrait s'agir de deux femmes. "Si on peut trouver deux femmes, ce serait pas mal", a-t-il dit. Le jury en compte actuellement seulement deux: Françoise Chandernagor et Paule Constant.

Ces romancières -cinq ou six ont déjà été "sondées par des amis", a reconnu Didier Decoin- doivent être "connues du public car on est un prix populaire". "Ce n'est pas la peine d'aller chercher une écrivaine qui fait une littérature de laboratoire", a-t-il ajouté.

Contactée, Leïla Slimani aurait décliné la proposition en faisant valoir qu'elle était encore trop jeune, a confié un membre du jury sous couvert de l'anonymat.

Le nouveau président a également rendu un hommage appuyé à son prédécesseur.

"Ce n'est pas une succession, c'est un passage de relais. Je cours sur le même couloir que lui", a-t-il estimé.

Bernard Pivot a lui-même salué chaleureusement le nouveau président de l'académie Goncourt. "Je suis heureux que Didier Decoin qui en était le précieux, toujours avisé et disponible secrétaire général, devienne président de l'académie Goncourt. Prix Goncourt 1977 - il n'avait que 32 ans-, à travers lui c'est la littérature, le cinéma et la télévision qui sont honorés", a réagi l'ancien animateur d'"Apostrophes".

Outre le prix Goncourt, l'académie Goncourt décerne aussi le Goncourt de la poésie, le Goncourt du premier roman, le Goncourt de la nouvelle, le Goncourt de la biographie et est associée au Goncourt des lycéens, devenu l'un des prix les plus prescripteurs en terme de ventes.

Avec les Alliances françaises, le Goncourt est également associé au "choix Goncourt" dans une vingtaine de pays. Cette ouverture du Goncourt à l'international est "capitale" car elle permet de "promouvoir la littérature française" dans le monde, a souligné Didier Decoin. 

Avec le "choix Goncourt", "on apporte notre pierre à l'édifice de la francophonie et de la diffusion de la culture littéraire française", s'est-il félicité. "C'est un truc auquel je tiens comme la prunelle de mes yeux".