Des soutiens-gorge usés récupérés dans des bacs bientôt dans 350 boutiques Etam ; des vêtements usagés déposés dans des points de collecte déjà en place chez Petit Bateau ou aux Galeries Lafayette ; des chaussures reconditionnées par le groupe Eram... Le secteur de l'habillement passe à l'action pour promouvoir une mode plus responsable. Seconde main, recyclage, relocalisation, réduction des emballages, sont les pistes tracées de l'association Paris Good Fashion avec, à ses côtés, les Galeries Lafayette, le groupe Etam, Vestiaire Collective, le groupe Eram, Petit Bateau, La Redoute ou encore Who's Next.

A la clé, une liste de 12 engagements dans ce sens. « Quand on met ensemble des gens qui veulent avancer, on arrive à des solutions concrètes et on évite le green bashing », souligne Sylvie Bénard, la présidente de cette association qui a l'ambition de faire de Paris la capitale d'une mode plus responsable d'ici aux Jeux Olympiques d'été 2024.

Lutter contre le gaspillage

Uneconsultation nationale a été lancée en septembre via Internet auprès des Français. Elle a recueilli près de 107.000 réponses, avec des propositions afin d'assurer cette transition écologique, voulue par les consommateurs mais aussi imposée par les pouvoirs publics. Ainsi, la loi antigaspillage va interdire à partir de 2022 la destruction des invendus pour le textile et les chaussures. Un gros challenge car la mode est le deuxième marché mondial de la consommation devant la maison et l'électronique. « Si la mode 'durable' a le vent en poupe, elle ne représenterait encore que 1 % de l'offre mondiale », indique-t-on chez Paris Good Fashion. Une goutte d'eau. D'autant que poussé par la « Fast Fashion », initiée par Zara et H & M, avec un renouvellement intense des collections, le nombre de vêtements mis en vente a doublé en quinze ans. « En 2019, les Français en auraient acheté 60 % de plus que dans les années 2000, note les professionnels. Mais ils les conserveraient... deux fois moins longtemps. »

D'où la nécessité d'agir. « Les consommateurs ne veulent plus des mesurettes, relève la directrice RSE du groupe Eram (Gemo, Bocage...), Isabelle Desfontaines. Nous devons entrer dans une logique à grande échelle. » La priorité est de mettre en place un système de récupération de vêtements et de favoriser la seconde main (25 %), disent les Français interrogés. Deux points sur lesquels les marques sont à l'offensive. Eram teste des ateliers de réparation de chaussures dans certains de ses magasins. Ses enseignes proposent aussi un abonnement pour changer de chaussures tous les deux mois. Celles qui ne sont pas achetées après avoir été portées sont reconditionnées dans l'usine du groupe en Maine-et-Loire. « Elles sont ensuite remises dans le circuit via la seconde main, explique Isabelle Desfontaines. Cette offre de location nous a permis de rajeunir notre clientèle. » En un an, près de 10.000 paires de chaussures ont été reconditionnées.

Chez Etam, la directrice générale, Patricia Tranvouëz, explique que « les soutiens-gorge rapportés dans nos boutiques seront triés. Les plus abîmés seront recyclés et les autres redistribués à des associations ».

Outre la relocalisation et les matières utilisées, l'emballage est aussi une forte préoccupation des Français. Dans la mode, le plastique est roi. Plusieurs centaines de milliards d'enveloppes plastiques, les « polybags », sont utilisées pour protéger les vêtements lors de leur transport. Sans oublier 85 milliards de cintres par an au niveau mondial. Galeries Lafayette a lancé en 2018 son label Go for Good pour les produits de mode plus responsables. Le groupe est en cours de tests avec des jeunes pousses. « C'est un sujet majeur dans la mode. C'est pourquoi, nous allons revoir pour nos marques propres notre cahier des charges, pour avoir des emballages réutilisables, à partir de matière recyclée ou recyclable, à la place des polybags », indique , Damien Pellé.

Un groupe de travail, en lien avec les marques engagées dans le Fashion Pact, va se mettre en place pour envisager des solutions. Une réflexion engagée à l'échelle de l'Europe, et au-delà. Le collectif s'est donné jusqu'à fin 2024 pour concrétiser l'ensemble de ses engagements.