Si Barcelone est attractive pour tous, elle l'est plus encore pour les entrepreneurs français. Au soleil, à la qualité de vie et au coût du travail plus modéré, ils ajoutent l'atout du voisinage de la France, à 160 kilomètres, et la facilité des connexions avec Paris à 1 h 15 en avion. Quelque 350 start-up hexagonales se sont installées dans la cité catalane et les Français sont de loin les plus nombreux parmi les étrangers du secteur de la tech. Les fonds d'investissement étrangers s'y installent aussi, à l'image de Breega qui vient d'y ouvrir un bureau.

« Au début des années 2000, les premiers arrivés venaient surtout se délocaliser à proximité des centres d'appels, des services client ou une série d'activités sans forcément grande valeur ajoutée », décrit Guillaume Rostand, président de l'antenne French Tech à Barcelone. Avec l'avantage de pouvoir compter sur un vivier de jeunes Français qui après leurs études décidaient de passer quelques années à Barcelone avant de se lancer dans leur carrière professionnelle.

Ce qui permettait au départ de trouver facilement une main-d'oeuvre polyglotte et flexible, a évolué vers des activités plus qualifiées et l'installation d'entrepreneurs qui eux aussi font le choix du sud. Il s'agit souvent plus de hubs pour opérer une partie du marché français, voire toute l'Europe du Sud. C'est le cas de la start-up de bricolage ManoMano, arrivée en 2019, qui compte 200 employés sur place, surtout des développeurs. « Etre à Barcelone a facilité les recrutements, pour pouvoir servir de soutien technique aux équipes espagnoles et de cinq autres pays », note Isabel Salazar, la responsable pays, qui pointe la force des relais locaux pour donner de la visibilité aux entreprises.

Nombreux avantages

La même dynamique vient de décider PayFit, spécialisée en logiciels de gestion des paies et des ressources humaines, à venir ouvrir en mai dernier un centre de talents à Barcelone. « Pour accompagner notre croissance, nous avons fait le choix de nous rapprocher d'un bassin de profils qualifiés, afin de fluidifier le recrutement et de diversifier notre approche », explique Joséphine Charmoz, responsable du hub qui depuis Barcelone va servir de support pour la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni.

Les avantages sont clairs, entre la relative simplicité du turnover et un coût de la main-d'oeuvre 30 % plus bas qu'en France malgré la récente inflation des salaires du secteur de la tech. Surtout si on y ajoute le soleil, un cadre agréable et un coût de la vie 20 % moins cher que dans l'Hexagone. « Barcelone est utilisée comme un moyen de rétention des talents, et faire miroiter la possibilité de s'y installer peut être un argument décisif au moment de recruter », explique Guillaume Rostand. Si la pandémie a encouragé la flexibilité et aplani les distances, elle a aussi eu d'autres effets, note-t-il. « Ces derniers mois, on voit ainsi arriver de nombreux Français qui reviennent de Hong Kong ou Singapour, après une époque de confinement difficile, et choisissent Barcelone pour leur atterrissage en Europe. »

Mais attention toutefois aux faux espoirs, avertit-il, car les financements locaux sont globalement moins généreux qu'en France et les start-up hexagonales continuent de se tourner vers le nord des Pyrénées pour chercher des fonds. « Ce devait être la Silicon Valley européenne, mais pour l'instant c'est une légère déception », signale ainsi Victor Gardrinier, cofondateur de SolarMente. La start-up de la cleantech avait choisi l'Espagne pour développer son activité d'installations solaires, mais l'entrepreneur relève pour l'instant « un manque de talents en tech, des salaires peu compétitifs et un manque d'aide aux start-up », avec des programmes d'aides et de subventions insuffisants et trop lents.