En France, 66 % des dirigeants d'entreprise déclarent souffrir d'épuisement professionnel et de troubles psychologiques tels que la dépression ou le burn-out (contre 40 % en 2023), selon une étude de LHH ICEO en 2025 sur l'état d'esprit des dirigeants à travers le monde. Une proportion élevée qui témoigne de l'état d'esprit troublé d'un grand nombre de dirigeants. Pourtant, ce risque demeure sous-estimé et se heurte parfois au déni des concernés.
L'Organisation mondiale de la santé définit le syndrome d'épuisement professionnel, ou burn-out, comme " un syndrome résultant d'un stress chronique au travail qui n'a pas été correctement géré ". Bien que tous les salariés y soient exposés, l'Observatoire Amarok, association qui s'intéresse à la santé physique et mentale des travailleurs non-salariés (TNS), identifie des risques propres aux entrepreneurs et dirigeants d'entreprises, plus enclins à s'investir démesurément dans leur travail au détriment de leur santé avec plus de 50 heures de travail par semaine.
Pourtant, comme le rappelle Olivier Torrès, professeur et fondateur de l'observatoire, la mauvaise santé d'un dirigeant d'entreprise est un problème aux conséquences graves, y compris pour sa société. Le burn-out chez un chef d'entreprise n'est pas une fatalité, et nécessite l'adoption de comportements de prévention afin d'éviter les risques qui en découlent. A l'inverse, quand le syndrome d'épuisement professionnel s'installe, il s'agit de mobiliser les bonnes ressources pour le dirigeant d'entreprise pour se sortir de ce surmenage.
Selon l'étude de LHH ICEO, les chefs d'entreprise interrogés peinent à faire face à l'ensemble des pressions et des attentes qui pèsent sur eux, tant d'un point de vue externe (enjeux environnementaux, tensions géopolitiques, incertitudes économiques et commerciales) qu'interne à l'entreprise. L'entrepreneur se retrouve souvent seul aux manettes de l'entreprise, quelle que soit sa taille, à endosser plusieurs casquettes (stratégie, administratif, commercial...). La peur de l'échec et le syndrome de l'imposteur sont autant de facteurs de stress supplémentaires.
Face à ces défis, les entrepreneurs ont tendance à repousser leurs limites et à ne pas écouter les premiers signaux de l'épuisement professionnel. Le risque de burn-out chez les dirigeants d'entreprise en souvent une réalité ignorée et encore peu mis en avant dans les études.
Pourtant, ce constat sur le surmenage et l'épuisement professionnel de ces chefs d'entreprise doit être pris au sérieux, car le burn-out peut conduire à la dépression, et au risque suicidaire. L'Observatoire national du suicide estime ainsi que 27% des dirigeants d'entreprise auraient déjà envisagé sérieusement de se suicider, soit la même proportion que dans la population des chômeurs.
Face au risque d'épuisement professionnel et de burn out, les chefs d'entreprise notamment de TPE et PME doivent se montrer vigilants et savoir écouter les signaux qui leur demandent de revoir leurs habitudes. Connaître ces " red flags " et être capable de les identifier quand ils se manifestent permet de faire le point de façon objective sur sa santé mentale et physique, et de ne pas outrepasser ses limites et éviter ainsi le risque de surmenage et d'épuisement professionnel. Le burn-out résultant d'un processus lent et progressif, il est essentiel de détecter ces signaux le plus tôt possible chez le chef d'entreprise, afin de ne pas laisser la situation dégénérer.
Parmi les signes fréquents qui doivent alerter sur les risques de burnout :
- Une fatigue constante du chef d'entreprise, non soulagée par le repos, à la fois physique, mentale et émotionnelle.
- Un manque d'enthousiasme au travail, qui s'accompagne d'anxiété à la reprise du travail.
- Une baisse de la performance au travail, avec le sentiment d'être surchargé et une difficulté à gérer le stress.
- Des sentiments d'inquiétude et d'anxiété, associés plus largement à des troubles de l'humeur. Lorsque le travail commence à affecter votre vie privée, notamment familiale, amicale et amoureuse, ces sentiments doivent être considérés comme des avertissements.
- Un sommeil perturbé, qui peine à trouver un rythme régulier (insomnies, réveils nocturnes ou précoces, difficultés à s'endormir).
- Des symptômes physiques chroniques tels que des maux de dos, de tête, des problèmes de peau, des douleurs ou une fragilité immunitaire.
Pour éviter de rentrer dans une spirale d'épuisement professionnel pour un dirigeant d'entreprise, notamment dans des TPE - PME, il est conseillé d'adopter certaines bonnes habitudes :
- Adopter une posture bienveillante avec soi-même, et s'accorder repos et moments à soi. Le travail, l'entourage et le temps pour soi sont trois aspects d'une même structure, qui doit trouver son équilibre.
- S'entourer, dans sa vie personnelle, mais aussi professionnelle, en s'appuyant sur ses collaborateurs, ses partenaires ou en rejoignant un réseau de chefs d'entreprise.
- Apprendre à déléguer certaines tâches, pour se concentrer sur celles qui sont réellement essentielles.
- Pratiquer une activité sportive, pour éviter l'accumulation de stress, sans chercher à forcer les limites de son corps.
Le burn-out, ou syndrome d'épuisement professionnel, fait partie des risques psychosociaux (RPS) en entreprise. Dès les premiers signes d'un épuisement professionnel, il ne faut pas hésiter à faire appel à un professionnel de santé, à commencer par un médecin qui pourra évaluer votre état de santé.
Bon à savoir
Quand faut-il solliciter un psychologue du travail ? N'attendez pas d'être submergé par les symptômes de l'épuisement professionnel (ou burn out) pour faire appel à un médecin ou psychologue du travail. Dès les premiers signes d'anxiété liée à votre travail ou de fatigue physique et psychique, adressez-vous à un spécialiste; plus votre mal-être sera pris en compte tôt, plus vous pourrez limiter les conséquences de votre épuisement professionnel !
Le dispositif APESA (Aide Psychologique aux Entrepreneurs en Souffrance Aiguë) est une cellule d'écoute et de soutien psychologique dédiée aux chefs d'entreprise confrontés à un risque de suicide.
Créé en 2013 par un entrepreneur sorti de burn-out, le CREDIR est une ONG spécialisée dans la prévention de l'épuisement et du burn-out et l'amélioration de la Qualité de Vie Globale (QVG). Elle déploie des actions envers les dirigeants épuisés, notamment des stages appelés rebond pour aider les chefs d'entreprise à rebondir après un moment difficile.
De son côté, l'Observatoire Amarok a également mis en place des cellules d'écoute psychologique pour prévenir le burn-out des chefs d'entreprise, et a noué des partenariats avec de nombreuses structures. Il organise également une formation à destination des dirigeants pour prévenir les risques santé au travail et promouvoir les bonnes pratiques.