Le Fonds monétaire international s'est montré moins optimiste qu'en octobre dans ses dernières prévisions de croissance mondiale publiées lundi, tablant désormais sur 3,3% cette année et 3,4% l'an prochain (-0,1 point et -0,2 point respectivement).

Mais c'est bien mieux que l'an passé quand, sous l'effet de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, la hausse du volume du commerce international avait fondu (+1% après 3% en 2018) et fait tomber la croissance de la planète à 2,9%, son plus faible niveau depuis la crise financière.

"Après un ralentissement synchronisé en 2019, nous nous attendons à une reprise modérée de la croissance mondiale cette année et l'année prochaine", a commenté la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, lors d'une conférence de presse. Mais "nous ne sommes pas encore sortis d'affaire", a-t-elle ajouté à la veille de l'ouverture du 50e Forum économique mondial à Davos, en Suisse. 

La reprise est freinée par exemple par de "mauvaises nouvelles" venues d'Inde qui souffre entre autres du déclin de la consommation, des investissements, des déficits budgétaires et des retards pris dans les réformes structurelles.

De plus, dans d'autres pays, les économies sont secouées par une profonde contestation de la rue. 

Au Chili, des manifestations d'étudiants contre une hausse du prix du ticket de métro en octobre se sont muées en une révolte d'ampleur inédite depuis la fin de la dictature du général Augusto Pinochet (1973-1990).

L'ONG Oxfam a à cet égard dénoncé lundi, dans son rapport annuel sur les inégalités mondiales, la concentration grandissante des richesses: selon ses calculs, les 2.153 milliardaires du globe détiennent désormais plus d'argent que les 4,6 milliards les plus pauvres de la planète.

Ces inégalités "sont au coeur de fractures et de conflits sociaux partout dans le monde", a estimé Pauline Leclère, porte-parole d'Oxfam France, dans un communiqué. 

- Risques climatiques -

Autre obstacle  à la croissance selon le FMI: le regain de tensions géopolitiques, notamment entre les Etats-Unis et l'Iran, pourrait perturber l'approvisionnement mondial en pétrole, nuire au moral et affaiblir les investissements commerciaux déjà timides.

Sur le front du commerce international, la trêve entre Washington et Pékin, scellée la semaine dernière par la signature d'un accord bilatéral, ne résout pas tout.

Il va certes stimuler la croissance de la Chine cette année. Le FMI table désormais sur une hausse de 6%, soit 0,2 point de plus que l'estimation d'octobre.

Les Etats-Unis profiteront eux aussi de cet accord qui va doper leurs exportations de produits agricoles, industrielles et du secteur de l'énergie.

Mais l'expansion s'essouffle. La croissance du PIB américain va ralentir à 2% (-0,1 point) après 2,3% l'an passé, les effets de la réforme fiscale s'estompant.

Pour autant, la première puissance au monde va continuer de faire la course en tête des pays avancés, bien loin des pays de la zone euro (+1,3%) et du Japon (+0,7%).

Les pays émergents et en développement vont s'accroître, eux, de 4,4% après 3,7% en 2019. 

Le volume du commerce international, qui a porté la reprise après la récession mondiale, va se reprendre cette année (+2,9% contre 1% l'an passé).

Mais l'augmentation sera inférieure à celle estimée en octobre et loin des 3,7% enregistrés en 2018.

Sur une note plus positive, des facteurs temporaires qui avaient ralenti la production mondiale tels que les adaptations du secteur automobile aux nouvelles normes d'émissions semblent s'estomper.

Reste que toutes ces projections "dépendent dans une large mesure de la capacité (des dirigeants) à éviter une nouvelle escalade des tensions commerciales américano-chinoises (...), à éviter un Brexit sans accord et les ramifications économiques des troubles sociaux et des tensions géopolitiques", prévient l'institution de Washington.

Le cas échéant, la reprise pourrait être sérieusement entamée, souligne le FMI à l'entame du Forum de Davos, qui devrait voir cette année nombre de discussions tourner autour de l'urgence climatique et des désordres mondiaux avec en invités vedettes de sa première journée, mardi, le président américain Donald Trump et la militante du climat Greta Thunberg.

Aux Etats, la directrice du FMI a donné deux conseils: "continuer à faire ce qui marche", à savoir les politiques monétaires accommodantes, et "se concentrer sur ce qui peut doper la croissance", avec des mesures budgétaires et des réformes économiques et financières plus poussées. 

Pour Mme Georgieva, les responsables devraient notamment renforcer les efforts destinés à mieux résister aux risques pesant sur le système financier et aux risques climatiques.