Depuis de longs mois, le secteur du mariage ne met plus les petits plats dans les grands. Les effets de la pandémie se sont répercutés sur une douzaine de métiers - fournisseurs de repas, musiciens, fleuristes, décorateurs et autres loueurs de chaises. Les quelque 55.000 entreprises de la filière, souvent des indépendants, auraient subi une perte entre 10 % à 80 % de leur chiffre d'affaires, selon leur ancienneté, a calculé l'Association des wedding planners, wedding designers et officiants de cérémonies de France (Asocem), fondée il y a dix ans.

Traiteurs au régime

Les deux principaux postes de dépenses, les lieux de réception et les traiteurs, n'ont pas été épargnés. Dans le réseau Traiteurs de France, qui regroupe les professionnels en région, cette cible représente 13 % de l'activité. Sur les dix premiers mois de 2020, elle a enregistré une chute de 75 % de son chiffre d'affaires, soit une perte de 19,8 millions d'euros. Pour les mariées qui ont pu maintenir leurs dates, les repas devaient respecter des consignes strictes. Pas de buffet, mais un service à l'assiette. Et des mets mis sous cloche pour éviter toute contamination.

Du coté des lieux de réception privés, le choc a aussi été rude. Le groupe familial Butard, qui gère notamment le Pavillon d'Ermenonville et l'hôtel le Marois (20 % de son chiffre d'affaires) a vu « tous les événements familiaux reportés ». Idem pour les mariages programmés en extérieur au château de Versailles, ou chez les particuliers. Au château de Vaux-le-Vicomte, même chanson : « Malheureusement, 2021 ne laisse pas beaucoup de possibilités, du fait du chantier du grand salon de janvier à août, et du montage de « Vaux en Lumières » début octobre. Seul le mois de septembre est disponible », indique Alexandre de Vogüe, le propriétaire, avec sa famille, du domaine.

Des robes de mariée aux nuisettes

Le marché des robes de mariée est à la traîne. Chez Cymbeline, une marque haut de gamme de sur-mesure, avec 27 boutiques en France, la baisse du chiffre d'affaires (4,5 millions) a été limitée entre 25 % à 30 %. Les acomptes, entre un tiers à 50 %, versés en 2019 (environ huit mois avant un mariage) ont permis de tenir jusque-là. « La crise sera violente surtout sur ce premier semestre, car non seulement le solde des robes commandées en 2019 n'a pas été payé, mais en plus le marché a ralenti fortement en 2020 », souligne Jean-Philippe Lautraite, le PDG.

Pour 2021, difficile de faire des projections. Face aux incertitudes, la demande est faible, surtout pour des pièces vendues autour de 2.000 euros. « Je suis inquiet pour mes 50 salariés au chômage partiel. J'espère que nous retrouverons de l'activité en juin ». Pour tenir, son PDG et actionnaire va remettre au pot 500.000 euros via une hausse du capital.

Créé en 2015, Atelier Emelia, artisan et créateur de robes (520.000 euros de chiffre d'affaires) attend avec impatience la reprise. « 60 % de nos mariages ont été repoussés. Du coup, nous avons 300 robes en attente accrochées dans notre atelier de Nemours », souligne Sophie Delaroche, qui a créé la marque avec sa mère et ses deux tantes. Une famille très connue dans le métier. « Nos futures mariées vont maigrir, grossir, faire des bébés. Il va falloir embaucher deux retoucheuses quand ça va repartir », poursuit-elle.

Mais pas question de rester les bras croisés. « Il faut se réinventer pour s'en sortir. Après des masques et des surblouses médicales, notre atelier a lancé des nuisettes confectionnées dans des restes de dentelle de Calais, explique Sophie Delaroche. Ca a été un vrai succès ». Des modèles vendus sur son tout nouveau site Internet. Les trois soeurs, Evelyne, Chantal et Monique préparent une collection de tops pour se diversifier, en attendant de revoir ses mariées. Pour cette robe unique dans leur vie, elles sont prêtes à parcourir 180 kilomètres, avec huit heures d'essayages en moyenne.