Durant la crise sanitaire, les jeunes fabricants lyonnais de vélos Oowi et AddBike ont bénéficié de l'engouement pour les deux-roues. Et, pour passer de l'artisanat (respectivement 2 et 1,2 million d'euros de chiffre d'affaires) au stade industriel, ils ont décidé de pédaler en équipe avec une demi-douzaine de fabricants locaux de modèles spéciaux, et de créer une ligne d'assemblage commune, en coopérative.

Là où aujourd'hui ces petites entreprises, positionnées sur des marchés de niche, produisent séparément quelques dizaines ou centaines de montures spécifiques, elles investissent dans un outil collectif sur 4.000 mètres carrés pour gagner en coûts et productivité. « C'est une ligne modulable adaptée aux petites et moyennes séries, avec une capacité annuelle de 15.000 engins », explique Henri Roussel, chargé de projet du nouveau cluster vélo régional MAD (Mobilité Active et Durable, 68 adhérents). Une subvention de la région Auvergne-Rhône-Alpes finance la moitié de l'investissement de 800.000 euros. L'usine de montage devrait entrer en service début 2022, avec un objectif de 30 emplois à trois ans, dans un lieu encore à déterminer, qui accueillera aussi les locaux de MAD.

AddBike transforme depuis plusieurs années des vélos classiques en triporteurs de type cargo en modifiant la fourche et vient de sortir son propre vélo, avec transport de charge à l'arrière. Oowi propose aux entreprises - et depuis peu aux collectivités, avec trois contrats au Portugal - des petites flottes d'une dizaine à une centaine de bicyclettes hybrides, comme véhicules de fonction ou pour couvrir le dernier kilomètre depuis la gare la plus proche.

Partenaires

Le projet rassemble aussi Benur, un tricycle à assistance électrique conçu pour accueillir un fauteuil roulant, Cyclik et son vélo à cadre de bambou, Vepli et sa gamme électrique pliable. Sans oublier Milc, fabricant de cadres venu d'Occitanie, ou A Fond Gaston, un installateur de kits électriques sur des modèles classiques, et de ce fait spécialiste du rayonnage de roue. L'expertise de la start-up lyonnaise désormais présente à Paris, Toulouse, Bordeaux et Metz profitera à ses partenaires. « Mais l'ambition de faire un vélo 100 % made in Auvergne-Rhône-Alpes, sans être abandonnée, reste illusoire pour l'instant », reconnaît Henri Roussel. Les fabricants sont dépendants des composants asiatiques. Raison pour laquelle la coopérative industrielle opérera aussi un groupement d'achats.

Au-delà, Henri Roussel y voit un « catalyseur de carnets de commandes, étape préalable à une relocalisation ». « Il y a des accessoires plus pertinents que d'autres à relocaliser en fonction des besoins et des gisements de savoir-faire », indique-t-il. « Les délais sont de cinquante-quatre semaines pour des freins, un produit qui n'est plus du tout fabriqué en France », glisse Renaud Colin, le fondateur d'AddBike. Il se demande si « un volume de 10.000 à 15.000 pièces suffirait à intéresser un industriel régional, un sous-traitant automobile par exemple ».